Douleur cervicale : Un guide complet pour l’EACMC1
Introduction
La douleur cervicale est une présentation omniprésente dans les soins primaires et les services d’urgence canadiens, avec une prévalence annuelle variant entre 30 % et 50 %. Pour l’EACMC1, les candidats doivent être capables de différencier les causes mécaniques bénignes des pathologies graves (ex. : myélopathie, malignité, infection, fracture) nécessitant une intervention neurochirurgicale urgente.
Ce guide se concentre sur le rôle d’Expert médical dans le cadre CanMEDS, en offrant une approche structurée de l’évaluation, de l’investigation et de la prise en charge adaptée aux lignes directrices cliniques canadiennes.
Contexte canadien : Au Canada, la prise en charge de la douleur cervicale est fortement influencée par la campagne Choisir avec soin Canada, qui préconise la réduction de l’imagerie inutile pour la douleur cervicale mécanique non compliquée et l’utilisation de la Règle canadienne de la colonne cervicale en cas de traumatisme.
Objectifs de l’EACMC1
Lors de la préparation pour l’EACMC1, concentrez-vous sur les objectifs clés suivants concernant la douleur cervicale :
- Acquisition de données : Obtenir une anamnèse pertinente (début, traumatisme, drapeaux rouges) et effectuer un examen neurologique ciblé.
- Résolution de problèmes : Différencier la douleur cervicale mécanique, la radiculopathie et la myélopathie.
- Prise en charge : Appliquer la Règle canadienne de la colonne cervicale pour dégager la colonne cervicale chez les patients traumatisés.
- Conseil : Éduquer les patients sur l’évolution naturelle du coup du lapin et de la douleur cervicale mécanique (réassurance et mobilisation précoce).
Étiologie et classification
La douleur cervicale peut être largement classée en fonction de la physiopathologie sous-jacente. Comprendre ces catégories est essentiel pour formuler un diagnostic différentiel.
Mécanique
Comprend la Tension/Entorse cervicale (Coup du lapin), l’Arthrose cervicale (ostéoarthrite) et le Syndrome de douleur myofasciale. Ce sont les causes les plus fréquentes, se présentant typiquement par une douleur locale, une raideur et une amplitude de mouvement limitée sans déficits neurologiques.Évaluation clinique
1. Anamnèse (Drapeaux Rouges)
L’objectif principal de l’anamnèse est d’écarter les « Drapeaux Rouges » qui suggèrent une pathologie grave sous-jacente.
🚩 Drapeaux Rouges pour la douleur cervicale
- Traumatisme : Mécanisme significatif (ex. : VMA, chute de hauteur).
- Âge : >65 ans ou <18 ans (dans le contexte d’une douleur non mécanique).
- Antécédents de cancer : Sein, prostate, poumon, rein, thyroïde (sources de métastases osseuses).
- Symptômes constitutionnels : Fièvre, frissons, perte de poids inexpliquée (infection/malignité).
- Déficit neurologique : Faiblesse progressive, perte de sensation, dysfonctionnement vésical/intestinal.
- Immunosuppression : Toxicomanie intraveineuse, corticostéroïdes, VIH.
- Douleur nocturne : Douleur qui réveille le patient (malignité).
2. Examen physique
Inspection
Observer la posture (ex. : torticolis), la symétrie, l’atrophie musculaire et les changements cutanés (cicatrices, éruption cutanée).
Palpation
Palper les processus épineux pour détecter une sensibilité médiane (suggérant une fracture ou une infection) et les muscles paravertébraux pour détecter des spasmes ou des points gâchettes.
Amplitude de mouvement (ADM)
Évaluer l’ADM active : Flexion, Extension, Rotation latérale et Flexion latérale. Note : En cas de traumatisme, n’évaluez pas l’ADM tant que la colonne cervicale n’est pas dégagée cliniquement ou radiologiquement.
Examen neurologique
Ceci est essentiel pour l’EACMC1. Évaluer :
- Moteur : Deltoïde (C5), Biceps/Extenseurs du poignet (C6), Triceps/Fléchisseurs du poignet (C7), Fléchisseurs des doigts (C8), Interosseux (T1).
- Sensitif : Distribution dermatomal.
- Réflexes : Biceps (C5/6), Brachioradial (C6), Triceps (C7).
- Signes de myélopathie : Signe de Babinski, Clonus, Signe de Hoffmann, Hyperréflexie, Ataxie de la marche.
Tests spéciaux
- Test de Spurling : Spécificité élevée pour la radiculopathie cervicale. L’extension du cou + flexion latérale vers le côté affecté + compression axiale provoque une douleur irradiante.
- Signe de Lhermitte : Sensation de choc électrique le long de la colonne vertébrale lors de la flexion du cou (suggère une myélopathie ou une Sclérose en Plaques).
Lignes directrices canadiennes : La Règle canadienne de la colonne cervicale (RCC)
La Règle canadienne de la colonne cervicale est un concept obligatoire pour l’EACMC1. Elle détermine quels patients traumatisés stables nécessitent une imagerie diagnostique (radiographie ou TDM).
Critères d’inclusion : Patients stables, conscients (Glasgow 15), avec douleur cervicale. Critères d’exclusion : Traumatisme non pertinent, Glasgow <15, signes vitaux instables, âge <16 ans, paralysie, maladie vertébrale connue, chirurgie cervicale antérieure.
L’algorithme
-
Facteurs à haut risque ? (Exige une imagerie)
- Âge 65 ans OU
- Mécanisme dangereux (chute >1m/5 marches, charge axiale, VMA à haute vitesse, collision de vélo) OU
- Paresthésies dans les extrémités.
- Si OUI Radiographie.
-
Facteurs à faible risque ? (Permet une évaluation sécuritaire de l’ADM)
- VMA par l’arrière simple OU
- Position assise aux urgences OU
- Capacité de marcher à tout moment OU
- Apparition retardée de la douleur cervicale OU
- Absence de sensibilité médiane de la colonne cervicale.
- Si NON Radiographie.
-
Capacité de rotation du cou ?
- Rotation active du cou de 45° à gauche et à droite.
- Si IMPOSSIBLE Radiographie.
- Si POSSIBLE Aucune radiographie nécessaire (Colonne cervicale dégagée).
Investigations
Choisir avec soin : Ne demandez pas d’imagerie pour une douleur cervicale non traumatique en l’absence de drapeaux rouges ou de déficits neurologiques. La plupart des cas sont mécaniques et auto-limités.
| Modalité | Indications | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Radiographie (Colonne cervicale) | Traumatisme (selon RCC), suspicion d’instabilité, douleur chronique >6 semaines si drapeaux rouges absents mais douleur persistante. | Faible coût, disponible, évalue l’alignement/fractures. | Faible sensibilité pour les tissus mous, les disques et les fractures subtiles. |
| TDM | Norme de référence pour le traumatisme aigu (risque élevé), planification préopératoire. | Excellent détail osseux, rapide. | Dose élevée de radiation, mauvaise résolution des tissus mous par rapport à l’IRM. |
| IRM | Radiculopathie, Myélopathie (compression médullaire), Infection, Tumeur, Lésion ligamentaire. | Visualisation supérieure des tissus mous (moelle, disques, racines). | Coûteux, délais d’attente plus longs au Canada, contre-indiqué avec certains implants. |
| Électromyographie (EMG) | Diagnostic incertain de radiculopathie par rapport à un piégeage du nerf périphérique. | Évalue la fonction nerveuse. | Inconfortable, dépendant de l’opérateur. |
Stratégies de prise en charge
1. Douleur cervicale mécanique / Coup du lapin
- Éducation : Rassurer le patient sur le bon pronostic. « La douleur ne signifie pas nécessairement un dommage. »
- Activité : Encourager la mobilisation précoce et le retour aux activités normales. Éviter les minerves cervicales (associées à un retard de guérison).
- Pharmacothérapie :
- Première ligne : Acétaminophène ou AINS (Naproxène/Ibuprofène).
- Relaxants musculaires (Cyclobenzaprine) pour une utilisation à court terme seulement (<1 semaine).
- Éviter les opioïdes.
- Physiothérapie : Exercices actifs, amplitude de mouvement, renforcement.
2. Radiculopathie cervicale
- Conservatrice : 75-90 % se résolvent sans chirurgie. AINS, physiothérapie, courte cure de corticostéroïdes oraux (controverse mais utilisée).
- Chirurgicale : Indiquée pour douleur réfractaire, déficit neurologique progressif ou échec du traitement conservateur après 6-12 semaines.
- Procédure : Discectomie et fusion cervicale antérieure (DFCA) ou Foraminotomie postérieure.
3. Myélopathie cervicale
- Urgence : Il s’agit d’une condition chirurgicale.
- Prise en charge : Chirurgie décompressive (DFCA, Laminectomie ou Laminoplastie) pour prévenir la progression. La récupération de la fonction perdue est variable ; l’objectif est d’arrêter la progression.
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Myélopathie vs Radiculopathie : Différencier ces deux conditions est à haut rendement. La myélopathie présente des signes de SNE (hyperréflexie, Babinski, troubles de la marche), tandis que la radiculopathie présente des signes de SNP (douleur dermatomal spécifique, faiblesse myotomale, hyporéflexie).
- Dégagement de la colonne cervicale : Appliquez toujours la Règle canadienne de la colonne cervicale dans les scénarios de traumatisme.
- Polyarthrite rhumatoïde : Avant une chirurgie (précaution d’intubation), les patients atteints de PR nécessitent des radiographies en flexion et extension pour écarter une subluxation atloïdo-axoïdienne.
- Imagerie : L’IRM est l’examen d’imagerie de choix pour les déficits neurologiques ; la TDM est l’examen d’imagerie de choix pour le traumatisme osseux aigu.
- Drapeaux Rouges : Documentez toujours l’absence de dysfonctionnement vésical/intestinal et d’anesthésie en selle.
Question d’exemple
Scénario clinique
Une femme de 28 ans se présente aux urgences suite à une collision automobile. Elle était la conductrice avec ceinture de sécurité dans une berline qui a été tamponnée par l’arrière alors qu’elle était arrêtée à un feu rouge. Elle se plaint de douleur et de raideur à l’arrière du cou. Elle nie toute perte de conscience, paresthésie ou faiblesse dans ses extrémités. À l’examen, elle est alerte (Glasgow 15) et assise confortablement sur la civière. Il n’y a aucune sensibilité médiane de la colonne cervicale, mais elle présente une sensibilité des muscles paravertébraux. Elle est capable de tourner activement son cou de 45 degrés vers la gauche et la droite sans douleur significative.
Question
Selon la Règle canadienne de la colonne cervicale, quelle est l’étape de prise en charge la plus appropriée ensuite ?
- A. Commander une TDM de la colonne cervicale
- B. Commander une série de radiographies de la colonne cervicale en 3 vues
- C. Mettre une minerve cervicale rigide et consulter en neurochirurgie
- D. Dégager cliniquement la colonne cervicale et la renvoyer avec réassurance
- E. Effectuer des radiographies en flexion et extension pour écarter une instabilité
Explication
La bonne réponse est :
- D. Dégager cliniquement la colonne cervicale et la renvoyer avec réassurance
Explication détaillée : Cette question teste l’application de la Règle canadienne de la colonne cervicale (RCC), une directive cruciale pour l’EACMC1.
- Facteurs à haut risque : La patiente a moins de 65 ans, n’a pas de paresthésies, et le mécanisme (collision par l’arrière simple) n’est pas dangereux.
- Facteurs à faible risque : Elle a subi une collision par l’arrière simple, est assise aux urgences et n’a pas de sensibilité médiane. Ces facteurs permettent une évaluation sécuritaire de l’amplitude de mouvement.
- Amplitude de mouvement : Elle est capable de tourner activement son cou de 45 degrés bilatéralement.
Selon la RCC, si le patient est capable de faire pivoter son cou, aucune radiographie n’est nécessaire. La colonne cervicale peut être dégagée cliniquement.
- Option A et B : L’imagerie n’est pas indiquée car elle satisfait aux critères de la RCC pour un dégagement clinique.
- Option C : Une minerve cervicale n’est pas indiquée et peut même retarder la guérison dans les troubles associés au coup du lapin ; une consultation en neurochirurgie est inutile.
- Option E : Les vues en flexion/extension sont utilisées pour suspecter une instabilité ligamentaire, généralement après une imagerie standard initiale ou dans des conditions chroniques spécifiques (comme la PR), et non dans ce scénario aigu à faible risque.
Références
- Stiell IG, et al. The Canadian C-spine rule for radiography in alert and stable trauma patients. JAMA. 2001;286(15):1841-1848.
- Choisir avec soin Canada. Imagerie pour la lombalgie et la douleur cervicale. Link
- Toward Optimized Practice (TOP) Guidelines. Gestion de la douleur cervicale. Alberta Medical Association.
- Binder AI. Cervical spondylosis and neck pain. BMJ. 2007;334(7592):527-531.
- Conseil médical du Canada. Objectifs des questions à choix multiples et de la prise de décision clinique de l’examen de la partie I de l’EACMC.