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PsychiatryAdult PsychiatryHumeur Déprimée : Préparation à l’EACMC1

Humeur Déprimée : Guide de Préparation pour l’EACMC1

Rôle CanMEDS : Expert Médical

En tant que médecin canadien, vous devez être capable de différencier la tristesse normale, le deuil et les épisodes dépressifs majeurs, tout en gérant avec expertise les aspects bio-psycho-sociaux des soins du patient.

Introduction

L’humeur dépressive est l’une des présentations les plus courantes dans les soins primaires au Canada. Pour l’EACMC1, les candidats doivent démontrer leur capacité à distinguer le Trouble Dépressif Majeur (TDM), le Trouble de l’adaptation, le Deuil et l’humeur dépressive secondaire à des affections médicales ou à la consommation de substances.

Comprendre les lignes directrices du Réseau canadien pour les troubles de l’humeur et de l’anxiété (RCNTCA) est essentiel pour obtenir de bons résultats à l’examen.


Objectifs de l’EACMC1

Lors de la préparation à l’EACMC1, concentrez-vous sur les objectifs clés suivants concernant l’humeur dépressive :

  1. Acquisition de données:
    • Obtenir l’anamnèse de l’épisode dépressif (début, durée, sévérité).
    • Dépister les symptômes SIGECAPS.
    • Évaluer le risque suicidaire (obligatoire dans tout entretien psychiatrique).
    • Identifier la consommation de substances ou les affections médicales mimant la dépression.
  2. Diagnostic:
    • Appliquer les critères du DSM-5-TR pour le TDM.
    • Distinguer le TDM du Trouble Bipolaire (dépistage de la manie).
  3. Prise en charge:
    • Appliquer le modèle bio-psycho-social.
    • Choisir la pharmacothérapie appropriée selon les lignes directrices du RCNTCA.
    • Déterminer la nécessité d’une hospitalisation (critères d’internement involontaire).

Épidémiologie au Canada

Comprendre la prévalence aide à l’évaluation de la probabilité pré-test :

  • Prévalence au cours de la vie: Environ 11 à 12 % des Canadiens souffriront d’un TDM au cours de leur vie.
  • Genre: Les femmes sont touchées plus fréquemment que les hommes (ratio approximatif de 2 pour 1).
  • Âge: Prévalence élevée chez les jeunes adultes (15-24 ans) et les personnes âgées (se présentant souvent avec des plaintes somatiques ou un déclin cognitif/pseudodémence).

Diagnostic Différentiel

L’EACMC1 teste souvent votre capacité à écarter les causes « organiques » ou médicales avant de diagnostiquer un trouble psychiatrique primaire.

TDM, Trouble dépressif persistant (Dysthymie), Trouble Bipolaire (I ou II), Trouble de l’adaptation, Deuil/Chagrin.

Évaluation Clinique

1. Anamnèse (Le Mnémonique SIGECAPS)

Pour diagnostiquer un Épisode Dépressif Majeur, le patient doit présenter 5 symptômes ou plus pendant une période de 2 semaines. L’un des symptômes doit être l’Humeur Déprimée ou l’Anhedonie.

Utilisez le mnémonique SIGECAPS pour vous souvenir des critères :

S - Sommeil (Troubles du sommeil : Insomnie ou Hypersomnie) I - Intérêt (Perte d'intérêt/Anhedonie) G - Guilt (Culpabilité/Sentiment d'inutilité) E - Énergie (Fatigue) C - Concentration (Capacité diminuée à penser/se concentrer) A - Appétit (Perte ou gain de poids) P - Psychomoteur (Agitation ou Retard psychomoteur) S - Suicidabilité (Pensées récurrentes de mort)

2. Évaluation du Risque Suicidaire

C’est une station critique dans la partie prise de décision clinique (PDC) de l’EACMC1 et des ECOS.

Étape 1 : Idéation

Demandez directement : « Avez-vous eu des pensées selon lesquelles votre vie ne vaut pas la peine d’être vécue ? » ou « Avez-vous eu des idées de mettre fin à vos jours ? »

Étape 2 : Plan

Si oui, demandez : « Avez-vous un plan pour le faire ? »

Étape 3 : Intention et Moyens

Demandez : « Avez-vous l’intention de passer à l’acte ? » et « Avez-vous accès aux moyens (ex. : armes à feu, médicaments) ? »

Étape 4 : Facteurs Protecteurs

Évaluez ce qui les maintient en vie (ex. : enfants, religion, animaux de compagnie).

🚨

CRITIQUE : Si un patient a un plan spécifique, une intention et un accès aux moyens, il s’agit d’une urgence psychiatrique nécessitant des mesures de sécurité immédiates, impliquant souvent une hospitalisation involontaire (Formulaire 1 en Ontario, ou l’équivalent provincial).

3. Outils de Dépistage

  • PHQ-9 (Questionnaire de Santé du Patient-9) : Largement utilisé en médecine familiale canadienne pour le dépistage et le suivi de la sévérité.
  • Échelle de Dépression Gériatrique (GDS) : Utile pour les patients âgés chez qui les symptômes somatiques peuvent être confondants.

Lignes Directrices Canadiennes (RCNTCA)

Les Lignes directrices cliniques du RCNTCA 2016 (avec mises à jour 2023) sont la norme pour l’EACMC1.

Pharmacothérapie de Première Ligne

La monothérapie avec l’un des agents suivants est généralement de première ligne pour la dépression modérée à sévère :

  • ISRS : Escitalopram, Sertraline, Citalopram, Fluoxétine, Paroxétine.
  • IRSNa : Duloxétine, Venlafaxine, Désvenlafaxine.
  • Autres : Bupropion (bon pour l’énergie faible/les fumeurs, éviter en cas d’antécédents de convulsions), Mirtazapine (bon pour l’insomnie/la perte de poids).

Psychothérapie

Pour la dépression légère à modérée, la psychothérapie est considérée comme un traitement de première ligne, seule ou en combinaison avec des médicaments.

  • TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale)
  • TIP (Thérapie Interpersonnelle)

Résumé de l’Algorithme de Traitement

ÉtapeInterventionNotes
Étape 1Monothérapie (ISRS/IRSNa/Bupropion)Essai de 4 à 8 semaines à dose thérapeutique.
Étape 2Changer ou AugmenterSi réponse partielle : Augmenter (ex. : ajouter Aripiprazole ou Lithium). Si pas de réponse : Changer pour une classe différente.
Étape 3CombinaisonCombiner des antidépresseurs avec des mécanismes différents.

Points Clés à Retenir pour l’EACMC1

  1. Écarter le trouble bipolaire : Avant de commencer un antidépresseur, toujours dépister des antécédents de manie/hypomanie (« Avez-vous déjà eu des périodes où vous vous sentiez trop bien, n’aviez pas besoin de dormir, ou étiez très énergique ? »). Commencer un ISRS chez un bipolaire non diagnostiqué peut précipiter un épisode maniaque.
  2. Patients âgés : Une dépression d’apparition nouvelle chez la personne âgée nécessite une investigation des causes organiques (TDM cérébral pour néoplasie/AVC, MMSE pour démence).
  3. Deuil : Le DSM-5 a supprimé l’« exclusion du deuil ». Vous pouvez diagnostiquer un TDM dans les 2 mois suivant le décès d’un être cher si les critères sont remplis et que la sévérité le justifie.
  4. Syndrome Sérotoninergique : Connaître la triade : Instabilité autonome, Altération de l’état mental, Irritabilité neuromusculaire (hyperréflexie/clonus). Le distinguer du Syndrome Malin des Neuroleptiques (SMN), qui présente une rigidité en « tuyau de plomb » et une hyporéflexie.
  5. Analyses : La démarche standard pour la fatigue/dépression nouvelle comprend une Numération Formule Sanguine (NFS) (anémie), une TSH (hypothyroïdie) et la Vitamine B12.

Question d’Exemple

Scénario Clinique

Un homme de 45 ans consulte en médecine familiale pour une histoire de 2 mois de « sentiment de déprime », de fatigue et de difficultés à rester endormi. Il rapporte une perte de poids de 5 kg durant cette période et a l’impression de « sous-performer » au travail. Il nie toute idéation suicidaire. Ses antécédents médicaux sont non significatifs et il ne prend aucun médicament. L’examen physique révèle un affect plat mais est par ailleurs normal.

Question

Lequel des énoncés suivants représente la prochaine étape la plus appropriée dans la prise en charge de ce patient ?

  • A. Prescrire de la fluoxétine 20 mg par jour
  • B. Référence immédiate à un psychiatre
  • C. Commander un dosage d’Hormone Thyréostimulante (TSH)
  • D. Rassurer le patient et prévoir un suivi dans 3 mois
  • E. Commander un scanneur TDM cérébral

Explication

La bonne réponse est :

  • C. Commander un dosage d’Hormone Thyréostimulante (TSH)

Explication détaillée : Bien que le patient remplisse plusieurs critères du Trouble Dépressif Majeur (humeur dépressive, troubles du sommeil, perte de poids, fatigue), l’EACMC1 insiste sur l’importance d’écarter les causes organiques (médicales) des symptômes dépressifs avant de confirmer un diagnostic psychiatrique et d’initier une médication psychotrope.

  • L’option C est correcte : L’hypothyroïdie est une cause fréquente de symptômes dépressifs (fatigue, changements de poids, changements d’humeur). Les lignes directrices canadiennes recommandent une investigation métabolique de base (TSH, NFS, électrolytes) pour écarter les imitateurs médicaux d’une dépression nouvelle.
  • L’option A est incorrecte : Bien que la fluoxétine soit un traitement de première ligne pour le TDM, il est prématuré de commencer un médicament sans avoir d’abord écarté les causes organiques (comme l’hypothyroïdie).
  • L’option B est incorrecte : La référence immédiate en psychiatrie est réservée aux cas complexes, à la résistance au traitement ou au risque suicidaire élevé. Ce patient peut être géré initialement en soins primaires.
  • L’option D est incorrecte : Le patient présente des symptômes significatifs qui affectent son fonctionnement ; la simple réassurance est insuffisante, et un suivi à 3 mois est trop espacé.
  • L’option E est incorrecte : Un TDM cérébral n’est pas indiqué à moins qu’il y ait des signes neurologiques focaux ou des déficits cognitifs suggérant une lésion structurelle, ce qui n’est pas le cas ici.

Références

  1. Kennedy, S. H., et al. (2016). Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) 2016 Clinical Guidelines for the Management of Adults with Major Depressive Disorder. Canadian Journal of Psychiatry.
  2. American Psychiatric Association. (2022). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (5th ed., text rev.).
  3. Public Health Agency of Canada. (2023). Mood and anxiety disorders in Canada. [Link to PHAC]
  4. Medical Council of Canada. (2023). MCCQE Part I Objectives: Mental Health.

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