Problèmes de santé liés au travail
Introduction
La médecine du travail est une composante cruciale de l’EACMC1 et du programme de Santé publique. Elle fait le pont entre la médecine clinique et les aspects légaux, sociaux et préventifs des soins de santé. Dans le contexte canadien, comprendre la relation entre le travail et la santé est essentiel pour le rôle de Défenseur de la santé dans le cadre CanMEDS.
Les problèmes de santé liés au travail englobent les maladies professionnelles (causées directement par le travail) et les maladies aggravées par le travail (aggravées par les conditions de travail).
Accent CanMEDS : En tant que Défenseur de la santé, un médecin canadien doit identifier les déterminants de la santé, y compris les conditions d’emploi, et faciliter le retour au travail (RT) sécuritaire du patient dans la mesure du possible.
L’anamnèse professionnelle
La compétence la plus critique pour l’EACMC1 concernant la santé au travail est la capacité de recueillir une anamnèse d’exposition approfondie. Une anamnèse professionnelle omise entraîne des diagnostics manqués et des occasions manquées de prévention.
Le Mnémonique « CCHAD »
Utilisez ce mnémonique pour le dépistage de l’étiologie professionnelle :
- C : Communauté (Environnement domestique, loisirs, sites de déchets)
- C : Chez-soi (Chauffage, âge de la maison, rénovations)
- H : Habitudes personnelles (Tabagisme, alimentation)
- A : Activité professionnelle (Emplois actuels et passés, tâches spécifiques)
- D : Drogues/Diète/Dépistage (Alcool, médicaments)
Étapes détaillées de la prise d’anamnèse professionnelle
Étape 1 : Description du poste actuel
Ne vous fiez pas au titre du poste. Demandez : « Que faites-vous réellement ? » et « Quels matériaux manipulez-vous ? »
Étape 2 : Évaluation de l’exposition
Interrogez sur les dangers spécifiques : poussières, fumées, produits chimiques, bruit, radiations, agents biologiques et stress psychologique.
Étape 3 : Moment des symptômes
Y a-t-il une relation temporelle ?
- Les symptômes s’améliorent-ils les fins de semaine ou pendant les vacances ? (Typique de l’asthme professionnel ou de la dermatite)
- Les collègues présentent-ils des symptômes similaires ?
Étape 4 : Antécédents professionnels passés
Liste chronologique de tous les emplois précédents. Ceci est vital pour les maladies avec de longues périodes de latence (ex. : Mésothéliome).
Étape 5 : Mesures de protection
Le patient utilise-t-il de l’équipement de protection individuelle (ÉPI) ? Y a-t-il une ventilation adéquate ?
Dangers et affections professionnelles courantes
Les dangers professionnels sont généralement classés en cinq groupes. Leur compréhension est essentielle pour la préparation à l’EACMC1.
Physiques
Dangers Physiques :
- Bruit : Cause la perte auditive neurosensorielle induite par le bruit (PANB). Caractérisée par un creux neurosensoriel à 4000 Hz sur l’audiogramme.
- Rayonnement : Ionisant (risque de cancer) et Non ionisant (cataractes, brûlures).
- Température : Coup de chaleur, engelures.
- Vibration : Syndrome de vibration main-bras (SVMB), phénomène de Raynaud.
Maladies pulmonaires professionnelles (Pneumoconioses)
Ceci est un sujet à haut rendement pour l’EACMC1. Vous devez être capable de différencier les principales pneumoconioses en fonction de l’anamnèse et des résultats radiologiques.
| Affection | Source d’exposition | Latence | Caractéristiques cliniques/radiologiques |
|---|---|---|---|
| Asbestose | Isolation, construction navale, garnitures de freins, construction (avant les années 1980). | 15-20+ ans | Fibrose des lobes inférieurs. Plaques pleurales (calcifiées). Risque accru de carcinome bronchogénique et de mésothéliome. |
| Silicose | Exploitation minière, sablage, carrière, fabrication de verre. | 10-20 ans | Opacités nodulaires des lobes supérieurs. Calcification « en coquille d’œuf » des ganglions lymphatiques hilaires. Risque accru de Tuberculose. |
| Pneumoconiose des mineurs de charbon | Exploitation minière du charbon. | 10-20 ans | Opacités des lobes supérieurs. Crachats noirs (mélanoptysie). Syndrome de Caplan (avec polyarthrite rhumatoïde). |
| Asthme professionnel | Isocyanates (peinture), farine (boulangers), animaux (vétérinaires), poussière de cèdre. | Semaines à années | Les symptômes s’améliorent loin du travail. Utiliser la surveillance du débit expiratoire maximal (DEM) au travail vs à la maison pour le diagnostic. |
Distinction Importante : L’exposition à l’amiante augmente significativement plus le risque de Carcinome bronchogénique (cancer du poumon) que de causer le Mésothéliome, bien que le Mésothéliome soit presque exclusivement causé par l’amiante. Le tabagisme agit en synergie avec l’amiante pour le risque de cancer du poumon, mais pas pour le mésothéliome.
Le système d’indemnisation des accidentés du travail au Canada
Au Canada, l’indemnisation des travailleurs est une responsabilité provinciale (ex. : CSST au Québec, WSIB en Ontario). Elle est basée sur le « Compromis historique » : les travailleurs ont renoncé au droit de poursuivre les employeurs en échange d’un régime d’assurance sans égard à la faute.
Principes du système
- Sans égard à la faute : L’indemnisation est versée indépendamment de qui est responsable de l’accident.
- Responsabilité collective : Les employeurs financent le système.
- Sécurité de paiement : Les travailleurs blessés ont la garantie d’être payés.
- Juridiction exclusive : La commission d’indemnisation est le décideur final.
Le rôle du médecin
Les médecins au Canada ont des obligations légales et éthiques spécifiques concernant la santé liée au travail.
- Rapport : Les médecins sont légalement tenus de signaler les maladies ou blessures suspectées comme étant liées au travail à la commission provinciale (ex. : soumettre un formulaire approprié). Le consentement est implicite pour ce rapport spécifique, mais la pratique prudente implique d’informer le patient.
- Évaluation : Documenter les constatations objectives et les limitations fonctionnelles (pas seulement les symptômes).
- Retour au travail (RT) : L’objectif est un retour au travail précoce et sécuritaire.
- Plaider en faveur de tâches modifiées (travail léger) plutôt qu’un arrêt de travail complet si cela est médicalement sécuritaire.
- « Blessé ne signifie pas incapable » – l’activité est souvent bénéfique pour la guérison (surtout les blessures musculo-squelettiques).
Stratégies de prévention et de contrôle
Lorsqu’on aborde les dangers professionnels, appliquer la Hiérarchie des contrôles. Ceci est souvent testé dans les scénarios de Santé publique.
- Élimination (Le plus efficace) Retirer physiquement le danger
- Substitution Remplacer le danger (ex. : peinture à base d’eau au lieu de solvant)
- Contrôles d’ingénierie Isoler les personnes du danger (ex. : ventilation, enceinte anti-bruit)
- Contrôles administratifs Modifier la façon dont les gens travaillent (ex. : rotation des tâches, formation)
- ÉPI (Le moins efficace) Protéger le travailleur avec de l’équipement de protection individuelle
Lignes directrices canadiennes
SIMDUT (Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail)
Norme nationale canadienne de communication des dangers en milieu de travail.
- Étiquettes : Sur les contenants de produits dangereux.
- FDS (Fiches de données de sécurité) : Informations techniques détaillées.
- Formation : Programmes de formation des travailleurs.
Code canadien du travail
Réglemente la santé et la sécurité au travail pour les lieux de travail fédéraux. La plupart des autres lieux de travail sont régis par les lois provinciales sur la santé et la sécurité au travail (L SST).
Maladies à déclaration obligatoire
De nombreuses maladies professionnelles sont également des « Maladies à déclaration obligatoire » à la Santé publique (ex. : Anthrax, Brucellose), distinctes de la déclaration à la Commission d’indemnisation des accidentés du travail.
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- L’anamnèse est primordiale : Demandez toujours « Quelle est votre profession ? » et « Vos symptômes s’améliorent-ils les fins de semaine ? »
- Silicose vs Asbestose : Retenez « Silice/Charbon = Haut (lobes supérieurs) » et « Amiante = Bas (lobes inférieurs) ».
- Déclaration : Il est obligatoire pour les médecins de signaler les affections liées au travail à la commission d’indemnisation.
- RT : Le retour précoce au travail adapté est la norme de soins pour la plupart des blessures musculo-squelettiques afin de prévenir l’incapacité chronique.
- Intoxication au plomb : Recherchez l’anémie microcytaire, le saturnisme (stippling basophile), la douleur abdominale (colique) et la neuropathie (paralysie du poignet).
- Monoxyde de carbone : La saturométrie pulsée est normale ; demandez une gazométrie artérielle avec co-oxymétrie.
Question type
Question
Un homme de 58 ans consulte son médecin de famille pour une dyspnée d’effort progressive et une toux non productive évoluant depuis 6 mois. Il nie toute fièvre, frissons ou perte de poids. Il a des antécédents de tabagisme de 30 paquets-années, mais a cessé il y a 5 ans. Son histoire professionnelle révèle qu’il a travaillé dans l’isolation de bâtiments et la rénovation pendant 25 ans, prenant sa retraite il y a 3 ans.
À l’examen physique, il est afébrile avec une fréquence respiratoire de 20/min. L’auscultation révèle des râles crépitants fins, de fin d’inspiration, aux bases pulmonaires. Il présente un hippocratisme digital. Une radiographie thoracique montre des opacités réticulaires prédominantes dans les lobes inférieurs et des plaques calcifiées le long du diaphragme.
Laquelle des affirmations suivantes est le diagnostic le plus probable ?
- A. Silicose
- B. Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)
- C. Asbestose
- D. Pneumopathie d’hypersensibilité
- E. Pneumoconiose des mineurs de charbon
Explication
La bonne réponse est :
- C. Asbestose
Explication : Ce scénario clinique est classique de l’Asbestose.
- Facteur de risque : Exposition à long terme à l’isolation (source courante d’amiante avant les années 1980).
- Latence : Les symptômes apparaissent souvent 15 à 20 ans ou plus après l’exposition initiale.
- Examen physique : Des crépitants fins bibasilaire (« râles velcro ») et un hippocratisme digital sont caractéristiques.
- Radiologie : Les signes cardinaux sont la fibrose des lobes inférieurs (opacités réticulaires) et les plaques pleurales (souvent calcifiées, impliquant le diaphragme).
Pourquoi les distracteurs sont incorrects :
- A. Silicose : Associée à l’exploitation minière ou au sablage. Radiologiquement, elle affecte les lobes supérieurs et peut montrer une calcification « en coquille d’œuf » des ganglions hilaires.
- B. BPCO : Bien qu’il ait des antécédents de tabagisme, la présence d’hippocratisme digital et de fibrose interstitielle (opacités réticulaires) oriente fortement loin de la BPCO pure. Les plaques pleurales sont spécifiques à l’exposition à l’amiante.
- D. Pneumopathie d’hypersensibilité : Souvent liée à des poussières organiques (foin moisi, oiseaux). Elle peut causer une fibrose, mais présente généralement une prédominance aux zones supérieures/moyennes ou des opacités en verre dépoli, et les plaques pleurales ne sont pas une caractéristique.
- E. Pneumoconiose des mineurs de charbon : Associée à l’exploitation minière du charbon. Affecte les lobes supérieurs.
Références
- Conseil médical du Canada. Objectifs de l’examen d’aptitude Partie I.
- Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (CCHST). SIMDUT 2015 - Généralités. Disponible à : https://www.ccohs.ca
- Agence de la santé publique du Canada. Guide canadien d’immunisation : Partie 3 – Vaccination de populations spécifiques.
- Commission de la sécurité professionnelle et de l’indemnisation des travailleurs (CSST) Ontario. Guide de référence du médecin.
- Toronto Notes 2024. Section Santé publique et médecine préventive.