Gestion des éclosions pour l’EACMC1
Introduction
La gestion des éclosions est une compétence essentielle dans les domaines de la Santé publique et de la Santé des populations de l’EACMC1. En tant que futur médecin canadien, on s’attend à ce que vous incarniez les rôles CanMEDS d’Expert médical (diagnostic et traitement) et d’Agent de promotion de la santé (protection de la santé communautaire).
Comprendre comment enquêter et contrôler une éclosion n’est pas seulement le rôle des responsables de la santé publique ; les cliniciens sont souvent les « premiers intervenants » qui identifient le signal au milieu du bruit. Ce guide propose une approche structurée de la gestion des éclosions, adaptée à la préparation de l’EACMC1.
Lien CanMEDS
Agent de promotion de la santé et Leader : Les médecins doivent reconnaître les schémas de maladie, déclarer les maladies à déclaration obligatoire aux unités de santé publique locales et collaborer à la gestion des urgences sanitaires.
Définitions fondamentales
Avant d’aborder les étapes de l’investigation, clarifions ces termes épidémiologiques essentiels pour l’EACMC1.
| Terme | Définition | Exemple dans le contexte canadien |
|---|---|---|
| Endémie | Présence constante d’une maladie dans une zone géographique ou un groupe de population donné. | Grippe saisonnière (pendant les mois d’hiver). |
| Épidémie | Augmentation du nombre de cas d’une maladie au-delà de ce qui est normalement attendu dans cette population. | L’épidémie de grippe H1N1 de 2009. |
| Pandémie | Épidémie qui s’est propagée dans plusieurs pays ou continents, affectant généralement un grand nombre de personnes. | COVID-19. |
| Éclosion | Même définition qu’épidémie, mais souvent utilisée pour une zone géographique plus limitée. | Norovirus dans un établissement de soins de longue durée (SLD) spécifique. |
10 étapes de l’investigation d’une éclosion
L’EACMC1 teste souvent la séquence de ces étapes. Bien qu’en pratique les étapes puissent se dérouler simultanément, pour les besoins de l’examen, connaître l’ordre logique est crucial.
Étape 1 : Confirmer l’existence d’une éclosion
Les nombres observés dépassent-ils les nombres attendus ?
- Comparer : Incidence actuelle par rapport à la référence historique (données de surveillance).
- Artefacts : Écarter les changements dans les procédures de déclaration, les critères diagnostiques ou la sensibilisation accrue.
Étape 2 : Confirmer le diagnostic
Vérifier le problème clinique.
- Examiner les résultats cliniques et les antécédents.
- Obtenir une confirmation en laboratoire pour un échantillon de cas (il n’est pas nécessaire de tester tout le monde une fois l’agent pathogène identifié).
- Concept clé : Les cas « liés épidémiologiquement » peuvent être comptabilisés sans confirmation en laboratoire lors d’une éclosion établie.
Étape 3 : Définir un cas et compter les cas
Établir une Définition de cas. Cela standardise qui est considéré comme « malade » pour l’investigation.
Niveaux de définition de cas
- Suspect : Symptômes cliniques compatibles avec la maladie.
- Probable : Symptômes cliniques + lien épidémiologique (ex. : a mangé au restaurant).
- Confirmé : Symptômes cliniques + vérification en laboratoire.
Étape 4 : Épidémiologie descriptive (Temps, Lieu, Personne)
Caractériser l’éclosion.
- Temps : Construire une Courbe épidémique (histogramme des cas dans le temps).
- Lieu : Cartes de localisation (regroupement des cas).
- Personne : Âge, sexe, profession, expositions.
Étape 5 : Générer des hypothèses
Sur la base des données descriptives, quelle est la source probable ?
- Exemple : « L’éclosion est probablement causée par Salmonella enteritidis provenant de la salade de pommes de terre servie au mariage. »
Étape 6 : Tester les hypothèses (Épidémiologie analytique)
Mener une étude pour confirmer le lien.
- Étude de cohorte : Utilisée pour une population bien définie (ex. : invités à un mariage, passagers d’un bateau de croisière).
- Étude cas-témoins : Utilisée pour une population indéfinie (ex. : éclosion communautaire générale).
Étape 7 : Comparer avec les études environnementales/laboratoires
- Tester des échantillons d’aliments, des sources d’eau ou des surfaces environnementales.
- Note : Les résultats de laboratoire sont souvent en retard par rapport aux associations épidémiologiques. N’attendez pas les résultats de laboratoire pour mettre en œuvre des mesures de contrôle si le lien épidémiologique est solide.
Étape 8 : Mettre en œuvre des mesures de contrôle
C’est le but ultime. Les interventions peuvent être dirigées vers :
- La source : Retirer les aliments contaminés, traiter le porteur infecté.
- La transmission : Hygiène des mains, port du masque, lutte antivectorielle.
- L’hôte : Vaccination, chimioprophylaxie (ex. : Tamiflu en SLD).
Étape 9 : Surveillance
Surveiller l’apparition de nouveaux cas pour déterminer si les mesures de contrôle fonctionnent.
Étape 10 : Communiquer les résultats
Faire rapport aux parties prenantes, aux autorités sanitaires et au public. Rédiger un rapport final.
Épidémiologie analytique : Cohorte vs Cas-Témoins
Pour l’EACMC1, vous devez choisir la bonne conception d’étude et calculer la mesure d’association appropriée.
Étude de cohorte
Idéale pour : Populations définies (ex. : toutes les personnes présentes à un banquet, résidents d’une maison de retraite).
Méthodologie :
- Identifier toute la population à risque.
- La classer selon l’Exposition (A mangé de la salade vs N’a pas mangé de salade).
- Calculer les Taux d’attaque (Incidence) dans les deux groupes.
Mesure d’association : Risque Relatif (RR).
RR = (Incidence chez les exposés) / (Incidence chez les non-exposés)Interprétation : Un RR > 1 implique que l’exposition est un facteur de risque.
Courbes épidémiques
L’interprétation d’une « Courbe épi » est une compétence à haut rendement pour l’EACMC1.
Concept clé : La forme de la courbe révèle le mode de transmission.
-
Source ponctuelle :
- Augmentation et diminution rapides.
- Les cas surviennent dans un seul intervalle d’incubation.
- Exemple : Intoxication alimentaire staphylococcique lors d’un pique-nique.
-
Source commune continue :
- Augmentation jusqu’à un plateau et se maintient à un niveau élevé.
- L’exposition est continue.
- Exemple : Eau potable municipale contaminée (Walkerton, Ontario).
-
Propagée (de personne à personne) :
- Pics progressivement plus élevés.
- Les pics sont séparés par l’intervalle d’incubation de la maladie.
- Exemple : Propagation de la rougeole ou de la grippe.
Lignes directrices canadiennes et cadre juridique
Agence de la santé publique du Canada (ASPC)
L’ASPC est l’agence fédérale responsable de la santé publique, de la préparation et de la réponse aux urgences. Cependant, la prestation des soins de santé et la gestion directe des éclosions sont principalement des responsabilités provinciales/territoriales.
Maladies à déclaration obligatoire
Au Canada, les médecins ont l’obligation légale de déclarer certaines maladies transmissibles au Médecin hygiéniste (MH) local.
- Fédéral : Loi sur la quarantaine (concernant les frontières internationales).
- Provincial : Lois sur la santé publique (ex. : Loi sur la protection et la promotion de la santé en Ontario).
Lignes directrices canadiennes clés (Exemples)
- Norovirus dans les établissements de soins de santé : Précautions de contact strictes, isolement des patients/du personnel et nettoyage environnemental amélioré (eau de Javel). Le désinfectant pour les mains à base d’alcool est moins efficace contre le Norovirus ; le savon et l’eau sont préférables.
- Grippe en soins de longue durée : Si une éclosion est déclarée (définition variant, généralement 2 cas ou plus en 48 heures), la chimioprophylaxie (Oseltamivir) est souvent recommandée pour tous les résidents non malades, quel que soit leur statut vaccinal.
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Calcul du taux d’attaque :
- Chronologie des intoxications alimentaires :
- < 6 heures : Staph aureus ou Bacillus cereus (toxine préformée).
- 12-24 heures : C. perfringens.
- 24-48 heures : Norovirus.
- Jours : Salmonella, Campylobacter, E. coli.
- Priorité : Lors d’une éclosion suspectée, la protection de la santé publique (Étape 8 : Mesures de contrôle) commence souvent avant que l’investigation ne soit terminée, surtout si la source est évidente ou le risque élevé. Cependant, si l’on vous demande la première étape, c’est généralement de confirmer/vérifier l’éclosion.
Question d’exemple
Scénario clinique
Un médecin de famille de 34 ans en Saskatchewan rurale remarque un nombre inhabituel de patients présentant une diarrhée sanglante et des crampes abdominales sévères au cours d’une période de 48 heures. La plupart des patients déclarent avoir visité une foire d’automne locale trois jours auparavant. Un patient, un garçon de 8 ans, a été hospitalisé avec des signes de syndrome hémolytique et urémique (SHU). Le médecin soupçonne une éclosion d’E. coli O157:H7.
Laquelle des mesures suivantes est la plus appropriée comme première étape pour le médecin ?
- A. Prescrire des antibiotiques prophylactiques à tous les membres de la famille des patients touchés.
- B. Contacter les organisateurs de la foire d’automne pour fermer immédiatement les vendeurs de nourriture.
- C. Déclarer les cas suspects à l’autorité de santé publique locale.
- D. Mener une étude cas-témoins pour identifier l’aliment spécifique responsable.
- E. Prélever des échantillons de selles chez tous les participants à la foire pour identifier les porteurs asymptomatiques.
Explication
La bonne réponse est :
- C. Déclarer les cas suspects à l’autorité de santé publique locale.
Explication détaillée :
- C est correct : La responsabilité légale et éthique première du médecin (Agent de promotion de la santé/Expert médical) lorsqu’il soupçonne une éclosion de maladie transmissible à déclaration obligatoire est d’en informer l’autorité de santé publique locale (Médecin hygiéniste). Les autorités de santé publique ont la compétence, les ressources et le mandat légal d’enquêter et de gérer les éclosions.
- A est incorrect : Les antibiotiques sont généralement contre-indiqués dans les infections à E. coli O157:H7 car ils peuvent augmenter la libération de toxine Shiga et précipiter le Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU). De plus, la prophylaxie n’est pas la première étape.
- B est incorrect : La fermeture de la source est une mesure de contrôle, mais le médecin n’a pas l’autorité légale de fermer unilatéralement les vendeurs. C’est une fonction des inspecteurs de santé publique après une évaluation initiale.
- D est incorrect : La réalisation d’une étude cas-témoins fait partie de la phase d’épidémiologie analytique (Étape 6) menée par les épidémiologistes de santé publique, et non par le clinicien déclarant.
- E est incorrect : Tester tous les participants est logistiquement impossible et inutile. La recherche de cas se concentre d’abord sur les personnes symptomatiques.
Références
- Agence de la santé publique du Canada. (s.d.). Investigation et gestion des éclosions. Consulté sur Canada.ca .
- Association des facultés de médecine du Canada (AFMC). (s.d.). Manuel de l’AFMC sur la santé des populations. Chapitre 11 : Contrôle des maladies transmissibles.
- Conseil médical du Canada. (s.d.). Objectifs de l’Examen de la Partie I de l’ECMC : Santé des populations.
- Heymann, D. L. (Éd.). (2015). Control of Communicable Diseases Manual. American Public Health Association.