La Santé et la Crise Climatique : Une Perspective Canadienne pour l’EACMC1
Introduction
L’intersection entre la Santé et la Crise Climatique est une composante de plus en plus vitale du programme de l’EACMC1 et de la Santé Publique. Pour les diplômés en médecine canadiens, il est essentiel de comprendre les défis environnementaux spécifiques auxquels le Canada est confronté – des feux de forêt dans l’Ouest à l’expansion des maladies à transmission vectorielle dans l’Est et au réchauffement rapide dans le Nord.
Ce sujet s’intègre étroitement au rôle d’Agent de Santé des CanMEDS. Les médecins doivent reconnaître les déterminants environnementaux de la santé et plaider en faveur de pratiques de soins de santé durables.
Accent CanMEDS : En tant qu’Agent de Santé, vous devez identifier les besoins en santé des patients individuels et des communautés liés aux changements climatiques et promouvoir la durabilité environnementale au sein du système de santé (Santé Planétaire).
Le Spectre des Impacts Sanitaires du Climat
Le changement climatique agit comme un « multiplicateur de menaces », exacerbant les problèmes de santé existants et en introduisant de nouveaux. Les impacts sont généralement classés en impacts directs, indirects et sur le système de santé.
1. Impacts Physiques Directs sur la Santé
Événements de Chaleur Extrême
Le Canada connaît des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses (ex. : le dôme de chaleur de l’Ouest de l’Amérique du Nord en 2021).
Épuisement par la chaleur
Physiopathologie : Déplétion volémique et stress thermique. <br/>Symptômes : Sudation abondante, pâleur, crampes musculaires, fatigue, étourdissements, céphalée, nausées.<br/>Signes vitaux : Température normale ou légèrement élevée (<40°C), tachycardie, hypotension.<br/>Prise en charge : Déplacer vers un endroit frais, réhydratation orale, refroidissement actif.Événements Météorologiques Extrêmes
- Feux de forêt : Incidence accrue en Colombie-Britannique, en Alberta et dans la forêt boréale.
- Risque pour la santé : Inhalation de PM2,5 entraînant des exacerbations de l’Asthme et de la MPOC.
- Effets aigus : Irritation oculaire, bronchite, diminution de la fonction pulmonaire.
- Inondations : Risque accru au Manitoba et dans les régions côtières.
- Risque pour la santé : Maladies d’origine hydrique, exposition aux moisissures, blessures, déplacement.
2. Impacts Écologiques et Indirects
Maladies à Transmission Vectorielle
Les changements climatiques permettent aux vecteurs de survivre dans des latitudes canadiennes auparavant inhospitalières.
| Maladie | Vecteur | Tendance Canadienne | Perle Clinique EACMC1 |
|---|---|---|---|
| Maladie de Lyme | Ixodes scapularis (tique à pattes noires) | Expansion vers le Nord/Est (ON, QC, NS, MB) | Érythème migrant (éruption en forme de cible). Tx : Doxycycline. |
| Virus du Nil occidental | Moustiques Culex | Endémique dans certaines régions du Canada | Sx pseudo-grippaux, rare maladie neuroinvasive. Soins de soutien. |
| Blastomycose | Champignon du sol | Endémique dans le Nord-Ouest de l’Ontario/Manitoba | Infection pulmonaire imitant la pneumonie/tuberculose. |
Qualité de l’Air
L’ozone troposphérique et les particules fines (PM) augmentent avec les températures plus élevées et les masses d’air stagnantes.
- Cardiovasculaire : Risque accru d’infarctus du myocarde, d’AVC et d’arythmies.
- Respiratoire : Augmentation des visites aux urgences pour détresse respiratoire.
3. Impacts sur la Santé Mentale
Termes Psychologiques à Connaître
- Éco-anxiété : Peur chronique d’un désastre environnemental.
- Solastalgie : Détresse causée par un changement environnemental qui affecte les gens alors qu’ils sont directement liés à leur environnement domestique.
- TSPT : Prévalence élevée après l’évacuation due aux feux de forêt ou aux inondations.
Populations Vulnérables au Canada
Le changement climatique n’affecte pas tous les Canadiens de la même manière. Comprendre ces disparités est crucial pour la composante PHELO de l’EACMC1.
Communautés Autochtones
- Nord du Canada : Réchauffement à un taux de 2 à 3 fois supérieur au taux mondial.
- Impacts : La fonte du pergélisol affecte la stabilité des logements ; les changements dans les configurations de glace affectent la chasse/cueillette traditionnelles (insécurité alimentaire) ; perte des pratiques culturelles.
Les Personnes Âgées et Socialement Isolées
- Mortalité la plus élevée pendant les vagues de chaleur (ex. : Montréal 2018, C.-B. 2021).
- Facteurs de risque : Absence de climatisation, mobilité réduite, polypharmacie (anticholinergiques/diurétiques affectant la thermorégulation).
Faible Statut Socioéconomique (SSE)
- Habitent souvent dans des « îlots de chaleur urbains » avec moins d’espaces verts.
- Capacité d’adaptation moindre (ex. : ne pas pouvoir se payer la climatisation ou la filtration de l’air).
Lignes Directrices et Outils de Surveillance Canadiens
La familiarité avec ces outils est attendue pour la pratique médicale canadienne.
Indice Environnemental de la Qualité de l’Air (IEQA)
Contrairement à l’ancien IQ Air, l’IEQA canadien mesure le risque sanitaire associé à la pollution atmosphérique sur une échelle de 1 à 10+.
- 1-3 (Risque faible) : Profitez des activités extérieures.
- 4-6 (Risque modéré) : Envisagez de réduire ou de reporter les activités extérieures intenses si vous présentez des symptômes.
- 7-10 (Risque élevé) : Les populations à risque devraient réduire ou reporter les activités extérieures intenses.
- 10+ (Risque très élevé) : Tout le monde devrait éviter les activités extérieures intenses.
Systèmes d’Alerte et d’Intervention en Cas de Chaleur (SAICH)
Santé Canada et les organismes provinciaux émettent des alertes basées sur des seuils spécifiques à la région.
Prise en Charge Clinique et Atténuation
Le Médecin « Vert »
Le système de santé canadien contribue à environ 4,6 % des émissions totales de gaz à effet de serre du pays.
Étape 1 : Atténuation (Réduction de l’Empreinte)
- Prescription : Passer des inhalateurs doseurs (IDM – contenant des hydrofluorocarbures) aux inhalateurs à poudre sèche (IPS) lorsque cliniquement approprié.
- Choisir avec soin : La réduction des examens inutiles diminue les déchets et les émissions de carbone.
- Soins virtuels : Réduit les émissions liées aux déplacements des patients.
Étape 2 : Adaptation (Préparation des Patients)
- Identifier les patients vulnérables (maladies respiratoires/cardiaques, personnes âgées).
- Réviser les Plans d’action (ex. : Plan d’action pour l’asthme) spécifiquement pour les épisodes de fumée de feux de forêt.
- Réviser les médicaments qui altèrent la dissipation de la chaleur (ex. : antipsychotiques, bêta-bloquants).
Étape 3 : Plaidoyer
- Plaider en faveur du transport actif (marche/vélo) qui présente des avantages synergiques en réduisant les émissions et en améliorant la santé cardiovasculaire.
Liste de Vérification des Abréviations
IEQA : Indice Environnemental de la Qualité de l'Air
GES : Gaz à Effet de Serre
SAICH : Systèmes d’Alerte et d’Intervention en Cas de Chaleur
IDM : Inhalateur Doseur
IPS : Inhalateur à Poudre Sèche
PM2.5 : Particules fines <2,5 micromètres
COV : Composés Organiques VolatilsPoints Clés à Retenir pour l’EACMC1
- Coup de chaleur vs. Épuisement par la chaleur : La caractéristique déterminante du coup de chaleur est la dysfonction du SNC (confusion, ataxie) et une température centrale généralement >40°C.
- Maladie de Lyme : Connaître la géographie (en expansion) et l’éruption cutanée (Érythème migrant). C’est un diagnostic clinique au stade précoce ; ne pas attendre la sérologie pour traiter.
- Vulnérabilité : Les populations autochtones du Nord sont confrontées aux changements climatiques les plus rapides affectant la sécurité alimentaire et les infrastructures.
- Avantages synergiques : Les interventions qui aident le climat aident souvent le patient (ex. : le transport actif réduit l’obésité et les émissions ; les régimes riches en végétaux réduisent les risques cardiaques et l’utilisation des terres).
- IEQA : Connaître les conseils pour les populations « à risque » (personnes âgées, enfants, personnes ayant des conditions préexistantes) pendant les périodes à risque élevé (7-10).
Question d’Exemple
Scénario Clinique
Un homme de 78 ans est amené aux urgences par sa fille lors d’une vague de chaleur prolongée en juillet. La fille rapporte qu’elle n’arrivait pas à lui parler au téléphone. Elle l’a trouvé confus et léthargique dans son appartement, qui n’a pas de climatisation. Il a des antécédents d’hypertension et de schizophrénie. Ses médicaments comprennent l’hydrochlorothiazide et l’olanzapine.
À l’examen, il est stuporeux et ne répond qu’aux stimuli douloureux. Sa peau est chaude et sèche. Signes vitaux :
- TA : 95/60 mmHg
- FC : 120 bpm
- FR : 24/min
- Température rectale : 40,8°C (105,4°F)
- SatO2 : 96 % à l’air ambiant
Quelle est la mesure de prise en charge immédiate la plus appropriée ?
Options
- A. Administrer 650 mg d’acétaminophène par voie rectale.
- B. Commencer des antibiotiques à large spectre après avoir prélevé des hémocultures.
- C. Procéder à une immersion corporelle totale dans l’eau froide.
- D. Administrer rapidement 2 L de solution saline normale par voie intraveineuse.
- E. Commander une tomodensitométrie de la tête pour exclure un AVC.
Explication
La bonne réponse est :
- C. Procéder à une immersion corporelle totale dans l’eau froide.
Analyse Détaillée
Diagnostic : Ce patient présente un Coup de chaleur classique non lié à l’effort. Les critères diagnostiques clés sont présents :
- Hyperthermie : Température centrale >40°C.
- Dysfonction du SNC : État mental altéré (stuporeux).
- Contexte : Vague de chaleur, personne âgée, absence de climatisation.
- Facteurs de risque : Médicaments qui altèrent la thermorégulation (l’olanzapine affecte la thermorégulation centrale ; l’hydrochlorothiazide provoque une déplétion volémique). L’anhidrose (peau chaude et sèche) est fréquente dans le coup de chaleur classique (par opposition au coup de chaleur d’effort où la sudation peut persister).
- Option C : Le refroidissement rapide est la pierre angulaire du traitement et le prédicteur le plus solide de survie. L’objectif est de réduire la température centrale à 38-39°C en 30 minutes. L’immersion dans l’eau froide (ou la boue de glace) est la méthode la plus efficace pour conduire rapidement la chaleur hors du corps.
- Option A (Acétaminophène) : Les antipyrétiques sont contre-indiqués dans le coup de chaleur. La physiopathologie implique une dérégulation thermique, et non un changement du point de consigne hypothalamique (comme dans la fièvre). Ils peuvent exacerber les lésions hépatiques.
- Option B (Antibiotiques) : Bien que la septicémie soit un diagnostic différentiel, l’histoire suggère fortement un coup de chaleur environnemental. Retarder le refroidissement pour investiguer une septicémie est dangereux.
- Option D (Fluides IV) : Bien que le patient soit probablement déshydraté, le refroidissement rapide a la priorité. Une réanimation liquidienne agressive chez la personne âgée peut entraîner un œdème pulmonaire. Les fluides doivent être administrés avec prudence après ou pendant le refroidissement.
- Option E (TDM Cérébrale) : Bien qu’un AVC soit dans le diagnostic différentiel de l’altération de l’état mental, l’hyperthermie extrême fait du coup de chaleur le diagnostic de travail principal. Transporter un patient instable et hyperthermique vers une TDM retarde l’intervention critique (le refroidissement).
Références
- Santé Canada. (2023). Installations et services de santé : Changement climatique et santé. Gouvernement du Canada.
- Association Canadienne des Médecins pour l’Environnement (ACME). (2022). Trousse d’outils sur le changement climatique pour les professionnels de la santé.
- Agence de la santé publique du Canada. (2023). Maladie de Lyme : Pour les professionnels de la santé.
- Cheng, J. J., & Berry, P. (2013). Health co-benefits and risks of public health adaptation strategies to climate change: a review of current literature. International Journal of Public Health.
- Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Cadre de compétences CanMEDS 2015.