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La négligence dans la pratique médicale canadienne

Introduction à la négligence médicale

Pour la préparation à l’EACMC1, comprendre la négligence médicale est crucial dans la catégorie des Aspects Populationnels, Éthiques, Légaux et Organisationnels de la Médecine (PHELO). La négligence médicale constitue un délit civil (tort) plutôt qu’une infraction pénale (bien que la négligence criminelle existe, elle est rare).

Dans le contexte canadien, la négligence médicale est définie comme le manquement d’un médecin à fournir la qualité de soins qui serait attendue d’un médecin raisonnablement compétent dans des circonstances similaires, entraînant un préjudice pour le patient.

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Contexte canadien : Contrairement aux États-Unis, où l’assurance contre les erreurs et omissions est commerciale, la grande majorité des médecins canadiens sont défendus par l’Association canadienne de protection médicale (ACPM). Comprendre le rôle de l’ACPM est essentiel pour le Rôle de Professionnel CanMEDS.


Les quatre éléments de la négligence

Pour qu’un procès en faute professionnelle médicale réussisse au Canada, le demandeur (patient) doit prouver les quatre éléments suivants selon la « prépondérance des probabilités » (plus probable qu’improbable, ou probabilité > 50 %).

Obligation de diligence (Duty of Care)

Une obligation légale imposée à un individu exigeant le respect d’une norme de soins raisonnables lors de l’exécution de toute action susceptible de nuire prévisiblement à autrui.

  • Relation médecin-patient : Dès qu’un médecin accepte de voir un patient, une obligation de diligence est établie.
  • Urgences : Au Canada, l’obligation de diligence s’étend aux situations d’urgence dans un cadre hospitalier, bien que la législation sur les « Bons Samaritains » varie selon les provinces pour les témoins.

Détermination de la norme de soins

La Norme de soins est l’élément le plus fréquemment contesté devant les tribunaux canadiens. Elle est déterminée par le tribunal, s’appuyant souvent sur le témoignage d’experts.

Facteurs clés influençant la norme de soins

  1. Soutien par les pairs : Un groupe respectable de pairs médicaux soutiendrait-il l’action entreprise ?
  2. Lignes directrices : Les Lignes directrices de pratique clinique (LDC) sont des preuves, pas la loi. Suivre les lignes directrices est une défense solide, mais les suivre aveuglément lorsqu’un jugement clinique suggère le contraire peut être négligent. Inversement, s’écarter des lignes directrices nécessite une justification.
  3. Disponibilité des ressources : La norme tient compte des ressources disponibles (par exemple, on ne s’attend pas à ce qu’un médecin urgentiste en milieu rural ait les mêmes capacités diagnostiques immédiates qu’un spécialiste en soins tertiaires).

La défense de l’« Erreur de jugement »

En droit canadien, une erreur de jugement honnête n’est pas nécessairement une négligence. Si un médecin fait preuve de diligence raisonnable et de jugement clinique mais arrive à un mauvais diagnostic ou choisit un traitement qui échoue, il n’est pas responsable, pourvu que son processus ait été raisonnable.


Consentement éclairé et négligence

Le défaut d’obtenir un consentement éclairé peut entraîner une réclamation pour négligence (manquement à avertir) ou une réclamation pour voies de fait (battery), bien que les voies de fait soient réservées au contact/traitement non consenti.

La norme Reibl c. Hughes

La Cour suprême du Canada (1980) a établi le Test objectif modifié du patient pour la causalité dans les cas de consentement.

  • La question : Une personne raisonnable dans les circonstances particulières du patient aurait-elle refusé le traitement si elle avait été pleinement informée des risques ?
  • Importance : Il ne suffit pas que le patient dise : « Je ne l’aurais pas fait. » Le tribunal examine ce qu’une personne raisonnable dans cette situation spécifique (âge, revenu, situation familiale) aurait fait.
CaractéristiqueNégligence (Manquement à avertir)Voies de fait (Battery)
DéfinitionManquement à divulguer les risques importantsContact sans aucun consentement
IntentionInintentionnelIntentionnel (de toucher)
ExempleLe patient consent à la chirurgie mais n’a pas été informé d’un risque d’AVC de 5 %Le chirurgien opère la jambe gauche au lieu de la droite
FréquenceCourant dans les poursuites pour faute professionnelleRare dans les contextes médicaux

Responsabilité solidaire au Canada

  • Hôpitaux : Généralement, les hôpitaux sont solidairement responsables de la négligence de leurs employés (infirmières, techniciens, personnel salarié).
  • Médecins : La plupart des médecins canadiens sont des entrepreneurs indépendants avec des privilèges, et non des employés. Par conséquent, les hôpitaux ne sont généralement pas solidairement responsables de la négligence d’un médecin. Le médecin est personnellement responsable (soutenu par l’ACPM).

Stratégies de prévention de la négligence (Gestion des risques)

Pour l’EACMC1, vous devez démontrer une connaissance des stratégies de gestion des risques.

Étape 1 : Documentation méticuleuse

« Si ce n’est pas écrit, cela n’est pas arrivé. » La documentation doit être contemporaine, lisible (ou électronique) et objective. Documentez le raisonnement (ex. : « Exclusion de l’EP car le score de Wells est faible »), et pas seulement les résultats.

Étape 2 : Communication efficace

De nombreux litiges découlent d’une rupture dans la relation médecin-patient. Assurez des explications claires, de l’empathie et confirmez la compréhension du patient (méthode du rappel).

Étape 3 : Systèmes de suivi

Mettez en place des systèmes robustes pour le suivi des résultats de tests et des références. Une politique du « pas de nouvelles, bonnes nouvelles » est juridiquement risquée et déconseillée.

Étape 4 : Obtenir le consentement éclairé

Documentez la discussion sur les risques importants, les bénéfices, les alternatives et les conséquences du refus.


Lignes directrices et ressources canadiennes

L’Association canadienne de protection médicale (ACPM) fournit les meilleures orientations pour la gestion des risques au Canada.

Guide des bonnes pratiques de l’ACPM

  1. Enquêter : Commander les tests appropriés basés sur les diagnostics différentiels.
  2. Référencer : Consulter ou référer lorsque le problème dépasse votre champ de compétence ou votre expertise.
  3. Communiquer : Tenir le patient informé du diagnostic, du pronostic et du plan de traitement.

Blocs de code : Abréviations juridiques courantes

ACPM = Association canadienne de protection médicale LDC = Ligne directrice clinique NSC = Norme de soins PPC = Perte de conscience (ou Niveau de soins) PDS = Professionnel de la santé

Points clés à retenir pour l’EACMC1

  • Fardeau de la preuve : Le demandeur (patient) doit prouver la négligence selon la prépondérance des probabilités.
  • Responsabilité des stagiaires : Les résidents sont jugés selon une norme correspondant à leur formation, mais sont évalués par rapport à un résident raisonnable dans ce programme/cette année.
  • Législation sur les excuses : La plupart des provinces canadiennes ont des « Lois sur les excuses » qui stipulent qu’une excuse n’est pas une admission de responsabilité au civil. On encourage les médecins à divulguer les erreurs et à s’excuser (exprimer des regrets) sans admettre de faute légale.
  • Délais de prescription : Généralement, les patients ont 2 ans à partir du moment où ils ont connu (ou auraient dû connaître) la blessure pour intenter une action. Cela varie pour les mineurs et les personnes handicapées.

Question d’exemple

Scénario clinique

Un homme de 52 ans se présente à une clinique sans rendez-vous se plaignant de douleurs thoraciques « oppressantes » nouvelles, irradiant vers son bras gauche et sa mâchoire. Il a des antécédents d’hypertension et d’hyperlipidémie. Le médecin de garde, se sentant débordé par une salle d’attente pleine, diagnostique une maladie de reflux gastro-œsophagien (RGO) sans effectuer d’examen physique ni commander d’ECG. Le médecin prescrit un inhibiteur de la pompe à protons et renvoie le patient à la maison. Deux heures plus tard, le patient subit un infarctus du myocarde massif et décède à la maison.

Question préliminaire

Dans une action en justice subséquente, lequel des éléments suivants serait le plus facile à prouver pour le demandeur afin d’établir la négligence dans ce cas ?

Options

  • A. Malveillance
  • B. Manquement à la norme de soins
  • C. Préjudice intentionnel
  • D. Voies de fait (Battery)
  • E. Négligence contributive

Explication

La bonne réponse est :

  • B. Manquement à la norme de soins

Analyse détaillée

  • B. Manquement à la norme de soins : C’est la bonne réponse. La norme de soins pour un médecin confronté à un homme d’âge moyen présentant des symptômes cardiaques classiques (douleur thoracique oppressante, irradiation, facteurs de risque) exige, au minimum, un examen physique et un ECG (ou un renvoi immédiat aux urgences). Le fait de ne pas effectuer ces investigations de base constitue un écart flagrant par rapport à ce qu’un médecin raisonnable ferait. Ce manquement est objectivement clair et facile à prouver.
  • A. Malveillance : La malveillance implique une mauvaise volonté ou un désir de nuire. Il n’y a aucune preuve que le médecin voulait nuire au patient ; il était probablement pressé ou incompétent à ce moment-là. La négligence est un tort inintentionnel.
  • C. Préjudice intentionnel : Semblable à la malveillance, la négligence est un tort d’actes inintentionnels. Prouver une intention serait impossible et incorrect ici.
  • D. Voies de fait (Battery) : Les voies de fait exigent un contact sans consentement. Le patient a consenti à la consultation et à la prescription. Le problème concerne la qualité des soins, et non l’absence de consentement au contact physique.
  • E. Négligence contributive : Il s’agit d’une défense utilisée par les médecins, arguant que le patient a contribué à son propre résultat (par exemple, en ne prenant pas ses médicaments). Ce n’est pas un élément que le demandeur prouve ; la défense tenterait plutôt de le prouver (sans succès ici).

Liste de vérification pour l’étude

  • Comprendre la différence entre Négligence et Voies de fait (Battery).
  • Mémoriser les 4 éléments de la négligence (Obligation, Manquement, Causalité, Préjudices).
  • Réviser le concept du « Médecin raisonnable ».

Références

  1. Association canadienne de protection médicale (ACPM). Les devoirs d’un médecin. Disponible à : cmpa-acpm.ca 
  2. Picard, E. & Robertson, G. (2022). Legal Liability of Doctors and Hospitals in Canada. 5e édition. Thomson Reuters.
  3. Cour suprême du Canada. Reibl c. Hughes, [1980] 2 R.C.S. 880.
  4. Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Cadre de compétences CanMEDS 2015.
  5. Collège des médecins du Canada. Objectifs de l’examen de la partie I de l’EACMC : Aspects légaux, éthiques et organisationnels de la médecine.


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