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Le système juridique en médecine canadienne

Introduction au droit médical pour l’EACMC1

La compréhension du système juridique canadien est un élément essentiel de la catégorie Santé de la population, aspects éthiques, juridiques et organisationnels de la médecine (SEJOM) pour l’EACMC1. En tant que futur médecin au Canada, vous devez être en mesure de naviguer à l’intersection de la pratique clinique et de la loi, en respectant le Rôle de professionnel CanMEDS.

Ce guide couvre les structures juridiques fondamentales, la distinction entre les compétences fédérales et provinciales, la réglementation médicale, ainsi que les cadres juridiques spécifiques régissant la négligence et le consentement au Canada.

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Conseil EACMC1 : Le Canada possède un paysage juridique unique en raison de la coexistence de la Common Law (toutes les provinces et territoires, sauf le Québec) et du droit civil (Québec). Reconnaître cette distinction est vital pour l’examen.


Structure du système juridique canadien

Le système juridique canadien est issu du système britannique (Common Law) et du système français (droit civil). Pour la préparation à l’EACMC1, vous devez comprendre comment ces systèmes influencent la responsabilité médicale et la législation.

Utilisée dans : Toutes les provinces et tous les territoires sauf le Québec. Fondement : Basée sur la jurisprudence (décisions judiciaires antérieures). Les juges interprètent la loi en fonction de la manière dont des cas similaires ont été tranchés dans le passé (Stare Decisis). Pertinence : La plupart des poursuites en matière de faute professionnelle dans le Canada anglophone sont décidées en fonction des normes de soins établies par la jurisprudence antérieure.

Compétences fédérales et provinciales

En vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, les pouvoirs sont répartis entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Cette division est fréquemment examinée dans le contexte de la prestation des soins de santé.

CompétenceResponsabilités pertinentes en médecineLégislation clé
FédéraleDroit pénal, santé des Autochtones (sur réserve), quarantaine, brevets (médicaments), santé maritime/aérienne/ferroviaire.Loi canadienne sur la santé, Loi sur les aliments et drogues, Code criminel (Aide médicale à mourir (AMM), avortement).
ProvincialeAdministration des hôpitaux, réglementation des professions, régimes d’assurance maladie, santé publique.Lois sur les professions de la santé réglementées, Lois sur la santé mentale, Lois sur l’assurance maladie.

Réglementation médicale et la profession

Au Canada, la médecine est une profession autoréglementée. Cela signifie que le gouvernement a délégué l’autorité de réglementer l’exercice de la médecine aux ordres provinciaux.

Les ordres professionnels

Chaque province/territoire possède un Collège (ex. : Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario - CMCO) dont le mandat est de protéger le public.

Fonctions clés des Collèges :

  1. Inscription et délivrance de permis aux médecins.
  2. Établissement des normes de pratique.
  3. Enquête sur les plaintes et mesures disciplinaires contre les médecins.
  4. Assurance de la qualité.

L’Association canadienne de protection médicale (ACPM)

Contrairement aux Collèges (qui protègent le public), l’ACPM fournit une protection contre les risques de responsabilité et des conseils juridiques aux médecins.

ACPM contre le Collège

Un piège fréquent à l’EACMC1 est de confondre les rôles du Collège et de l’ACPM.

  • Le Collège : Protège le Public. L’adhésion est obligatoire pour l’obtention du permis d’exercice.
  • L’ACPM : Protège le Médecin (défense contre la faute professionnelle, conseils juridiques). L’adhésion est généralement requise pour obtenir des privilèges hospitaliers.

Négligence médicale (Faute professionnelle)

Pour qu’un patient réussisse une poursuite en négligence médicale au Canada (juridictions de Common Law), il doit prouver quatre éléments spécifiques selon la « prépondérance des probabilités » (plus probable qu’improbable).

Obligation de diligence

Le médecin doit avoir eu une obligation de diligence envers le patient. Celle-ci est établie dès qu’une relation médecin-patient est établie (même brièvement).

Manquement à la norme de soins

Le médecin doit avoir omis de fournir la norme de soins qu’un médecin raisonnable et prudent ayant une formation similaire aurait fournie dans des circonstances similaires.

  • Note : Il ne s’agit pas d’une norme de perfection, mais d’une norme de raisonnabilité.

Causalité

Le manquement doit avoir causé le préjudice. Le patient doit prouver que, « sans » la négligence du médecin, le préjudice ne se serait pas produit.

Dommages

Le patient doit avoir subi un préjudice ou une perte réelle (physique, émotionnelle ou financière) qui est réparable en droit.

Le « Bon Samaritain »

Au Canada, la plupart des provinces ont des Lois sur les bons samaritains qui protègent les professionnels de la santé qui fournissent volontairement une aide d’urgence sur les lieux d’un accident contre toute responsabilité, à condition qu’ils n’aient pas agi avec négligence grave.


Consentement, Capacité et Confidentialité

Consentement

Pour être valide en droit canadien, le consentement doit être :

  1. Volontaire : Libre de toute coercition.
  2. Éclairé : Le patient doit comprendre les risques, les bénéfices, les alternatives et les conséquences du refus.
  3. Donné par une personne apte : Donné par une personne ayant la capacité mentale de prendre la décision.
  4. Spécifique : Relatif au traitement proposé.

Capacité et le « Mineur mature »

Le Canada ne définit généralement pas un âge spécifique de consentement aux traitements médicaux (contrairement à l’âge de la majorité).

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Doctrine du mineur apte : Un mineur (moins de 18 ans) peut consentir à un traitement s’il possède la maturité et l’intelligence nécessaires pour comprendre pleinement la nature et les conséquences du traitement. Il s’agit d’une évaluation au cas par cas effectuée par le médecin.

Législation sur la protection de la vie privée

  • Loi C-54 (Fédérale) : Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé. S’applique aux activités commerciales et aux provinces qui n’ont pas de loi propre ayant une portée similaire.
  • Lois provinciales (ex. : LPRPSP en Ontario) : Régissent la collecte, l’utilisation et la divulgation des renseignements personnels sur la santé au sein du secteur de la santé.

Violation de la confidentialité : Les médecins ont l’obligation légale de maintenir la confidentialité. Les exceptions (Déclaration obligatoire) comprennent :

  • Protection de l’enfance (soupçon d’abus ou de négligence).
  • Aptitude à conduire (déclaration au ministère des Transports).
  • Maladies transmissibles (Santé publique).
  • Blessures par balle ou par arme blanche (varie selon la province, généralement obligatoire).
  • Risque imminent de préjudice grave à une personne ou un groupe identifiable (principe de Smith c. Jones).

Systèmes d’investigation des décès

Le Canada utilise deux systèmes pour enquêter sur les décès soudains, inattendus ou violents. Le système dépend de la province.

  1. Système du coroner (ex. : Ontario, C.-B., Québec) :

    • Les coroners peuvent ou non être des médecins (selon la province ; en Ontario, ce sont des médecins).
    • Ils déterminent la cause et la manière du décès.
    • Ils peuvent ordonner des enquêtes (audiences publiques) pour formuler des recommandations visant à prévenir de futurs décès.
    • Ils n’attribuent ni blâme, ni responsabilité civile ou pénale.
  2. Système du médecin légiste (ex. : Alberta, Manitoba, Nouvelle-Écosse) :

    • Les médecins légistes sont toujours des médecins (généralement des pathologistes).
    • L’accent est davantage mis sur l’aspect médical/pathologique.

Lignes directrices canadiennes

Lors de la préparation à l’EACMC1, consultez ces organismes faisant autorité pour les lignes directrices juridiques et éthiques :

  • Code de déontologie de l’AMC : Norme nationale pour la pratique éthique.
  • Énoncé de politique des trois conseils : Lignes directrices pour la conduite éthique dans la recherche impliquant des êtres humains.
  • Politiques des Collèges provinciaux : Spécifiquement concernant l’Aide médicale à mourir (AMM), la prescription d’opioïdes et les limites professionnelles.

Liste de contrôle : Étude des systèmes juridiques

  • Réviser le Code de déontologie de l’AMC.
  • Comprendre la différence entre Négligence et Erreur de jugement.
  • Mémoriser la liste des Déclarations obligatoires dans votre province (ou généralement pour le Canada).
  • Réviser les critères pour l’Aide médicale à mourir (AMM) en vertu du Code criminel.
  • Distinguer la hiérarchie du Substitut décisionnel (SD) et la Procuration.

Points clés à retenir pour l’EACMC1

  • Norme de soins : Déterminée par ce qu’un collègue raisonnable ferait, et non par le meilleur soin possible.
  • Documentation : Devant un tribunal, « si ce n’est pas écrit, cela n’est pas arrivé ».
  • Législation sur les excuses : Dans de nombreuses provinces, des excuses ne constituent pas un aveu de culpabilité et ne peuvent pas être utilisées contre un médecin en cour civile. Cela encourage la divulgation ouverte des événements indésirables.
  • Traiter la famille : Généralement déconseillé par les Collèges, sauf s’il s’agit d’un problème mineur ou d’une urgence où aucun autre professionnel n’est disponible.
  • Devoir d’avertir : Si un patient représente une menace claire, sérieuse et imminente pour une personne ou un groupe identifiable, la sécurité publique l’emporte sur la confidentialité (Smith c. Jones).

Question d’exemple

Scénario clinique

Un homme de 52 ans, chauffeur de camion, se présente à votre clinique pour un suivi après avoir subi une crise tonico-clonique généralisée il y a deux semaines. Une EEG et une IRM confirment le diagnostic d’épilepsie. Il commence un traitement anticonvulsivant. Vous l’informez qu’il ne peut pas conduire tant que son état n’est pas stable pendant une période dictée par les lignes directrices provinciales (généralement 6 à 12 mois). Il se met en colère et déclare : « Si je ne peux pas conduire, je ne peux pas travailler. Je vais perdre ma maison. Je me sens bien maintenant, et je vais continuer à conduire. » Il quitte le bureau en colère.

Question

Laquelle des mesures suivantes est la plus appropriée comme prochaine étape de gestion concernant son permis de conduire ?

  • A. Documenter la conversation et respecter la confidentialité du patient.
  • B. Appeler l’employeur du patient pour l’informer de son état.
  • C. Signaler l’état du patient au ministère des Transports provincial.
  • D. Appeler la police pour intercepter immédiatement le patient.
  • E. Demander à l’épouse du patient de lui cacher ses clés.

Explication

La bonne réponse est :

  • C. Signaler l’état du patient au ministère des Transports provincial.

Analyse détaillée

  • C est correct : Dans presque toutes les juridictions canadiennes, les médecins ont l’obligation légale statutaire (ou éthique dans quelques juridictions) de signaler les patients dont l’état médical pourrait rendre dangereux l’utilisation d’un véhicule à moteur. Ce signalement est fait au Registraire des véhicules automobiles (Ministère des Transports), et non à la police ou à l’employeur. Cette obligation l’emporte sur le droit à la confidentialité du patient en raison du risque important pour la sécurité publique.
  • A est incorrect : Bien que la confidentialité soit primordiale, la sécurité publique l’emporte dans des situations statutaires spécifiques comme l’aptitude à conduire. La documentation seule est une défense insuffisante si le patient blesse quelqu’un en conduisant.
  • B est incorrect : Signaler directement à un employeur constitue une violation de la confidentialité. Le canal juridique approprié est le ministère des Transports.
  • D est incorrect : L’appel à la police est généralement réservé aux situations de danger imminent et immédiat (ex. : un conducteur en état d’ébriété quittant la clinique). Bien que le patient ait l’intention de conduire, la voie administrative standard est de signaler au Ministère, qui suspendra alors le permis. La police pourrait être impliquée s’il est vu en train de conduire après la suspension, mais C est l’obligation professionnelle principale.
  • E est incorrect : Il ne s’agit pas d’une intervention médicale ou juridique professionnelle et ne remplit pas l’obligation du médecin de signaler.

Références

  1. Association canadienne de protection médicale (ACPM). Devoirs et responsabilités : Attentes des médecins en pratique. Disponible à : CMPA-ACPM.ca 
  2. Conseil médical du Canada (CMC). Objectifs de l’examen d’aptitude. Catégorie : Santé de la population, aspects éthiques, juridiques et organisationnels de la médecine.
  3. Association médicale canadienne (AMC). Code de déontologie et de professionnalisme de l’AMC.
  4. Picard, E. & Robertson, G. (2017). Legal Liability of Doctors and Hospitals in Canada (5e éd.). Thomson Reuters.
  5. Gouvernement du Canada. Loi constitutionnelle de 1867.


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