Incontinence Urinaire : Énurésie Pédiatrique
Introduction à l’Énurésie Pédiatrique pour l’EACMC1
Pour la préparation à l’EACMC1, la compréhension de l’énurésie pédiatrique est cruciale, car elle représente une présentation fréquente en pédiatrie générale. L’énurésie est définie comme l’émission répétée d’urine dans les vêtements ou la literie, qu’elle soit involontaire ou intentionnelle.
Pour satisfaire aux critères diagnostiques (DSM-5), le comportement doit survenir :
- Deux fois par semaine pendant au moins 3 mois consécutifs
- Chez un enfant ayant atteint l’âge d’au moins 5 ans (ou un niveau de développement équivalent)
- N’étant pas due à l’effet physiologique direct d’une substance (ex. : diurétiques) ou d’une affection médicale générale (ex. : diabète, spina bifida, trouble convulsif).
Contexte Canadien : Au Canada, environ 10 à 15 % des enfants de 5 ans et 5 % des enfants de 10 ans souffrent d’énurésie nocturne. Elle est plus fréquente chez les garçons que chez les filles (ratio de 2:1). Comprendre l’impact psychosocial sur les familles canadiennes est un élément clé du rôle CanMEDS Agent de changement (Santé).
Classification
Comprendre la classification est essentiel pour déterminer la démarche diagnostique et la stratégie de prise en charge appropriées.
Primaire vs. Secondaire
- Énurésie Primaire : L’enfant n’a jamais atteint une période de sécheresse soutenue (généralement définie comme 6 mois). Cela représente environ 80 % des cas.
- Énurésie Secondaire : L’enfant recommence à mouiller après au moins 6 mois de sécheresse. C’est un signe d’alarme qui justifie une investigation pour un stress psychologique, une infection des voies urinaires (IVU), un diabète sucré (DS) ou d’autres causes organiques.
Étiologie et Physiopathologie
L’énurésie nocturne est rarement d’origine psychologique (sauf si secondaire). Elle est typiquement multifactorielle.
- Facteurs Génétiques : Forte composante familiale. Si les deux parents ont souffert d’énurésie, le risque est d’environ 77 %.
- Polyurie Nocturne : Sécrétion nocturne réduite de l’hormone antidiurétique (ADH/Vasopressine).
- Hyperactivité du Détrusor : Capacité vésicale nocturne réduite.
- Trouble de l’Éveil : Incapacité à se réveiller en réponse à une vessie pleine.
Affections Associées
- Constipation : Un rectum plein peut comprimer la vessie (par l’arrière) entraînant une instabilité. Traitez toujours la constipation en premier lieu !
- Apnée Obstructive du Sommeil (AOS) : L’obstruction des voies aériennes supérieures peut entraîner une augmentation de la sécrétion de peptide natriurétique auriculaire (PNA) et une polyurie.
Évaluation Clinique pour l’EACMC1
Votre objectif est d’écarter les causes organiques et de classifier le type d’énurésie.
Étape 1 : Anamnèse Détaillée
Concentrez-vous sur les « 3 P » (Polydipsie, Polyurie, Polyphagie) pour écarter le diabète sucré.
- Apport hydrique : Moment et type (caféine/sodas).
- Habitudes de sommeil : Ronflements (AOS), profondeur du sommeil.
- Antécédents mictionnels : Fréquence, urgence, force du jet.
- Antécédents familiaux : Les parents mouillaient-ils le lit ?
- Histoire sociale : Nouveaux facteurs de stress (intimidation, divorce, nouveau frère/sœur) – crucial pour l’énurésie secondaire.
Étape 2 : Examen Physique
Généralement normal en cas d’énurésie nocturne primaire monosymptomatique. Recherchez :
- Abdomen : Matières fécales palpables (constipation), vessie distendue.
- Colonne vertébrale/Neurologique : Examinez la région lombo-sacrée à la recherche de marqueurs cutanés de dysraphisme occulte (touffe de poils, fossette sacrée, lipome). Vérifiez le tonus anal et les réflexes des membres inférieurs.
- Organes génitaux : Sténose du méat (garçons), adhérences labiales (filles), signes d’abus.
- Croissance : Tracez la taille/poids/IMC (un retard de croissance peut suggérer une maladie rénale).
Étape 3 : Investigations
- Analyse d’urine (AU) : Obligatoire pour tous les patients.
- Densité spécifique : Dépistage du diabète insipide.
- Glucose : Dépistage du diabète sucré.
- Nitrites/Leucocytes : Dépistage de l’IVU.
- Protéines : Dépistage de pathologie rénale.
- Échographie rénale : N’est pas systématiquement indiquée pour l’énurésie nocturne primaire monosymptomatique. Elle est indiquée en présence de symptômes diurnes, d’antécédents d’IVU, ou d’un examen physique anormal.
Perle Clinique EACMC1 : Le Journal Mictionnel
Un journal mictionnel de 48 heures est l’outil de référence pour évaluer la capacité vésicale fonctionnelle et les habitudes d’ingestion de liquides. Il aide à différencier la polyurie nocturne de la petite capacité vésicale.
Diagnostic Différentiel
| Affection | Caractéristiques Différenciatrices Clés |
|---|---|
| Diabète Sucré | Polyurie, polydipsie, perte de poids, glycosurie. |
| Diabète Insipide | Soif excessive, urine de grand volume et diluée, faible densité spécifique. |
| Infection des Voies Urinaires | Dysurie, fréquence, fièvre, culture d’urine positive. |
| Constipation | Rétention fécale, matières fécales palpables, encoprésie. |
| Trouble Convulsif | Incontinence associée à des mouvements tonico-cloniques ou à un état post-critique. |
| Stress Psychologique | Traumatisme récent/changement, énurésie secondaire. |
Stratégies de Prise en Charge
La prise en charge doit être adaptée à la motivation de l’enfant et de la famille. Un traitement actif n’est généralement pas recommandé avant l’âge de 6 ans.
1. Éducation et Mesures de Soutien (Première intention)
- Rassurance : Expliquer le taux élevé de résolution spontanée (15 % par an).
- Pas de Punition : Conseil crucial pour les parents. La punition aggrave la condition.
- Gestion des liquides : Restriction des liquides 2 heures avant le coucher ; assurer une hydratation adéquate pendant la journée.
- Habitudes mictionnelles : Mictions régulières pendant la journée et « double miction » avant de se coucher.
- Traiter la constipation : Une gestion agressive de la constipation résout souvent l’énurésie.
2. Thérapie par Alarme de Conditionnement (Meilleure Guérison à Long Terme)
C’est le traitement à long terme le plus efficace (taux de guérison le plus élevé, taux de rechute le plus faible).
- Mécanisme : Un capteur détecte l’humidité et déclenche une alarme pour réveiller l’enfant.
- Durée : Nécessite 3 à 4 mois d’utilisation constante.
- Taux de succès : Environ 66 à 70 %.
- Indication : Enfant motivé et famille aidante.
3. Pharmacothérapie (Desmopressine)
Utilisée lorsqu’une amélioration rapide est nécessaire (ex. : soirées pyjama, camp) ou si la thérapie par alarme échoue.
- Médicament : Desmopressine (DDAVP) – analogue synthétique de l’ADH.
- Formulation : Lyophilisat oral (préféré) ou comprimé. Le spray intranasal est contre-indiqué pour l’énurésie en raison du risque d’hyponatrémie sévère/convulsions.
- Mécanisme : Réduit la production d’urine nocturne.
- Taux de rechute : Élevé à l’arrêt du traitement.
- Avertissement de sécurité : L’apport hydrique doit être restreint 1 heure avant et 8 heures après la prise pour prévenir l’intoxication par l’eau et l’hyponatrémie.
4. Pharmacothérapie de Deuxième Intention (Référence Spécialisée)
- Anticholinergiques (ex. : Oxybutynine) : Considérés s’il y a des preuves de capacité vésicale réduite ou de vessie hyperactive (énurésie non-monosymptomatique). Généralement combinés à la Desmopressine.
- Antidépresseurs Tricycliques (Imipramine) : Rarement utilisés maintenant en raison du risque de cardiotoxicité (mortel en cas de surdosage). En dernier recours.
Lignes Directrices Canadiennes
La Société canadienne de pédiatrie (SCP) énonce des recommandations spécifiques pertinentes à la pratique canadienne :
- Dépistage : Évaluer la constipation chez tous les enfants souffrant d’énurésie.
- Référence : Référence à un urologue pédiatrique ou à un néphrologue si :
- Des anomalies anatomiques sont suspectées.
- Des symptômes diurnes sévères sont présents.
- IVU récurrentes.
- Résistance à la prise en charge standard en soins primaires.
Points Clés à Retenir pour l’EACMC1
- Définition : Émission involontaire > 2 fois/semaine pendant > 3 mois chez un enfant ≥ 5 ans.
- Énurésie Secondaire : Toujours investiguer les causes organiques (IVU, DS) ou les facteurs psychosociaux.
- Investigation de Première Intention : Analyse d’urine (écarter IVU, acidocétose diabétique, DI).
- Traitement de Première Intention : Modification du comportement et alarme d’énurésie (taux de guérison le plus élevé).
- Pharmacothérapie : La Desmopressine est efficace pour la sécheresse à court terme, mais présente un taux de rechute élevé.
- Sécurité : Ne jamais utiliser la desmopressine intranasale pour l’énurésie; surveiller l’hyponatrémie.
Question d’Exemple
Scénario Clinique
Un garçon de 7 ans est amené en clinique par sa mère en raison d’énurésie nocturne. Il mouille le lit 3 à 4 nuits par semaine. Il n’a jamais été sec la nuit pendant plus d’un mois. Il nie toute incontinence diurne, urgence ou dysurie. Ses selles sont régulières et molles. Il n’a pas d’antécédents médicaux significatifs. Son examen physique, y compris l’examen abdominal et neurologique, est sans particularité. Une analyse d’urine effectuée au bureau est négative pour le glucose, les protéines, les nitrites et les leucocytes. La mère est préoccupée car il souhaite aller à un camp de vacances dans 2 semaines.
Question
Lequel des énoncés suivants représente la prise en charge initiale la plus appropriée pour l’objectif spécifique de ce patient ?
- A. Réassurance et restriction hydrique seulement
- B. Thérapie par alarme d’énurésie
- C. Desmopressine orale
- D. Référence à un urologue pédiatrique
- E. Imipramine
Explication
La bonne réponse est :
- C. Desmopressine orale
Explication : Ce patient présente une énurésie nocturne primaire monosymptomatique. Bien que la thérapie par alarme d’énurésie (Option B) soit le traitement curatif le plus efficace avec le taux de rechute le plus faible, elle nécessite 3 à 4 mois pour être efficace. Le scénario clinique met en évidence un objectif spécifique à court terme : assister à un camp de vacances dans 2 semaines.
- Option C (Desmopressine orale) : C’est le choix privilégié pour la sécheresse à court terme (ex. : soirées pyjama, camps) car elle a un effet immédiat. Elle réduit la production d’urine nocturne. La famille doit être informée de la restriction hydrique pour prévenir l’hyponatrémie.
- Option A (Réassurance) : Bien qu’importante, elle ne répond pas à la préoccupation immédiate concernant le camp et la stigmatisation/gêne sociale que l’enfant souhaite éviter.
- Option B (Thérapie par alarme) : C’est le traitement de première intention pour la guérison à long terme, mais il faut trop de temps pour agir pour un camp commençant dans 2 semaines.
- Option D (Référence) : Non indiqué. Il s’agit d’un cas non compliqué d’énurésie primaire avec un examen physique et une analyse d’urine normaux.
- Option E (Imipramine) : Les antidépresseurs tricycliques sont des agents de troisième intention en raison de leur profil d’effets secondaires (cardiotoxicité) et ne sont pas appropriés comme prise en charge initiale.
Références
- Société canadienne de pédiatrie. (2020). Énurésie nocturne chez les enfants et les adolescents. Position.
- Kiddoo, D. (2012). Nocturnal Enuresis. Canadian Urological Association Journal.
- UpToDate. Étiologie et caractéristiques cliniques de la dysfonction vésicale chez l’enfant.
- Toronto Notes 2024. Pédiatrie : Néphrologie/Urologie.
- Conseil médical du Canada. Objectifs de l’EACMC Partie I : Énurésie/Incontinence.