Skip to Content
Internal MedicineRheumatologyOligoarthralgie : Douleur dans un à quatre articulations

Oligoarthralgie : Approche de la douleur dans une à quatre articulations

Introduction

L’oligoarthralgie désigne une douleur articulaire touchant deux à quatre articulations. Cependant, cliniquement, l’approche chevauche souvent celle de la monoarthrite (une articulation) et des premiers stades de la polyarthrite (cinq articulations ou plus). Pour l’EACMC1, distinguer les causes inflammatoires des causes non inflammatoires, et écarter l’arthrite septique dans les présentations aiguës, sont des compétences critiques.

Ce guide se concentre sur l’évaluation et la prise en charge des patients présentant une douleur dans 1 à 4 articulations, adapté pour l’Examen d’aptitude du Conseil médical du Canada, partie I (EACMC1).

🍁

Contexte canadien : Au Canada, les plaintes musculo-squelettiques représentent une part importante des visites en soins primaires. Comprendre les recommandations de « Choisir avec soin Canada » concernant l’imagerie et les tests de laboratoire est essentiel pour l’examen.


Approche clinique de la douleur articulaire

L’objectif principal à l’EACMC1 est de catégoriser la douleur afin de restreindre le diagnostic différentiel. La distinction la plus critique est Inflammatoire vs Non inflammatoire.

Questions cliniques clés (OPQRST)

  • Début (Onset) : Aigu (secondes à jours) vs Chronique (semaines à mois).
  • Provocation : Mieux au repos (mécanique) ou mieux à l’activité (inflammatoire) ?
  • Qualité : Pulsatile, lancinante, brûlante ?
  • Raideur : Raideur matinale >30-60 minutes suggère une inflammation.
  • Gonflement (Swelling) : Épanchement visible, chaleur, érythème ?

Cadre diagnostique

Étape 1 : Écarter l’arthrite septique

Toute monoarthrite ou oligoarthrite aiguë est une arthrite septique jusqu’à preuve du contraire. Il s’agit d’une urgence médicale.

  • Signes d’alarme : Fièvre, frissons, incapacité à supporter du poids, douleur intense au repos, immunosuppression, procédure articulaire récente.

Étape 2 : Distinguer inflammatoire vs mécanique

  • Inflammatoire : Raideur matinale >1 heure, s’améliore avec l’activité, symptômes systémiques (fatigue, fièvre), élévation de la CRP/VS.
  • Mécanique (Non inflammatoire) : Raideur matinale <30 min, s’aggrave à l’usage, s’améliore au repos, marqueurs inflammatoires normaux.

Étape 3 : Identifier le patron

  • Nombre d’articulations : Mono (1), Oligo (2-4), Poly (5+).
  • Symétrie : Symétrique (PR, LED) vs Asymétrique (Spondyloarthropathies, OA, Goutte).
  • Squelette : Axial (Colonne vertébrale/articulations SI) vs Périphérique.

Étape 4 : Rechercher des manifestations extra-articulaires

  • Peau : Plaques de psoriasis, éruption cutanée (Lyme, LED), nodules (Goutte, PR).
  • Yeux : Uvéite/Irite (Spondyloarthropathies), Conjonctivite (Réactive).
  • GU/GI : Dysurie/Urétite (Réactive, Gonorrhée), Diarrhée (MICI, Réactive).

Diagnostic différentiel

Le différentiel de la douleur oligoarticulaire est vaste. Utilisez cette catégorisation pour votre stratégie d’étude de l’EACMC1.

Causes infectieuses

  • Arthrite septique : Habituellement Staphylococcus aureus. Début rapide, généralement monoarticulaire (genou/hanche).
  • Infection gonococcique disséminée (IGD) : Polyarthralgie migratoire se stabilisant en oligoarthrite ou ténosynovite. Fréquente chez les jeunes adultes sexuellement actifs.
  • Maladie de Lyme : Borrelia burgdorferi. La phase tardive peut se présenter comme une mono/oligoarthrite (typiquement grosses articulations comme le genou).
  • Virale : Parvovirus B19, Rubéole, Hépatite B/C (souvent poly, mais peut être oligo).

Investigations

Analyse du liquide synovial

Pour une monoarthrite/oligoarthrite aiguë avec épanchement, l’arthrocentèse est l’examen de référence.

CaractéristiqueNormalNon inflammatoire (OA, Traumatisme)Inflammatoire (PR, Goutte)Septique
ApparenceClair/PailleClair/JauneJaune/OpaqueOpaque/Purulent
ViscositéÉlevéeÉlevéeFaibleVariable
Globules blancs (/mm³)<200200 - 2 0002 000 - 50 000>50 000
PNN (%)<25%<25%>50%>75%
CultureNégativeNégativeNégativePositive

Imagerie

  • Radiographie : Modalité initiale. Rechercher des érosions (inflammatoire), un rétrécissement de l’interligne articulaire/ostéophytes (OA), ou une chondrocalcinose (CPPD).
  • Échographie : Détecte l’épanchement et la synovite.
  • IRM : Meilleure pour les tissus mous, les érosions précoces et la sacro-iliite (Spondyloarthropathies).

Bilan sanguin

  • NFS, VS, CRP : Marqueurs d’inflammation.
  • Facteur Rhumatoïde (FR) / Anti-CCP : Si PR suspectée (généralement poly, mais peut commencer de façon oligoarticulaire).
  • HLA-B27 : Si Spondyloarthropathie suspectée (faible spécificité pour le dépistage, utiliser pour confirmation dans le contexte clinique approprié).
  • Sérologie : Titres de Lyme (ELISA suivi du Western Blot) si antécédents d’exposition aux tiques dans les zones endémiques.

Lignes directrices canadiennes et Choisir avec soin

Recommandations Choisir avec soin Canada

Pour l’EACMC1, savoir quoi ne pas faire est aussi important que savoir quoi faire.

  1. Ne pas demander de test ANA comme test de dépistage chez les patients sans signes ou symptômes spécifiques de LED ou d’autres maladies du tissu conjonctif.
  2. Ne pas demander l’HLA-B27 à moins qu’il n’y ait une forte probabilité pré-test de spondyloarthropathie (ex. : douleur lombaire inflammatoire).
  3. Ne pas prescrire d’antibiotiques pour une arthrite septique avant d’avoir obtenu du liquide synovial pour culture (sauf si le patient est instable/septique, auquel cas prélever des hémocultures et traiter).

Maladie de Lyme au Canada

  • Zones endémiques : Certaines parties de l’Ontario, du Québec, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de la Colombie-Britannique.
  • Ligne directrice : Test en deux étapes (ELISA d’abord, puis Western Blot si positif/équivoque). Le diagnostic clinique suffit pour l’érythème migrant ; la sérologie est réservée pour la maladie disséminée/tardive (arthrite).

Principes de prise en charge

1. Arthrite septique

  • Hospitalisation : Antibiotiques IV + Drainage articulaire (Ponction à l’aiguille ou lavage arthroscopique).
  • Traitement empirique : Céfazoline (ou Vancomycine si risque de SARM) + Ceftriaxone (si Gonorrhée suspectée).

2. Arthropathies à cristaux (Aiguës)

  • AINS : Indométhacine ou Naproxène (à éviter en cas d’insuffisance rénale/risque de saignement GI).
  • Colchicine : Efficace si débutée tôt (dans les 24 heures).
  • Corticostéroïdes : Intra-articulaires (si arthrite septique exclue) ou systémiques (Prednisone) si AINS/Colchicine contre-indiqués.

3. Spondyloarthropathies

  • Première ligne : AINS et Physiothérapie.
  • Deuxième ligne : DMARDs (Sulfasalazine, Méthotrexate) pour la maladie périphérique.
  • Biologiques : Inhibiteurs du TNF (ex. : Infliximab, Adalimumab) pour la maladie axiale résistante aux AINS.

4. Ostéoarthrite

  • Non pharmacologique : Perte de poids, exercice, physiothérapie (CanMEDS Avocat de la santé).
  • Pharmacologique : Acétaminophène (efficacité limitée), AINS topiques, AINS oraux (avec gastroprotection).

Points clés à retenir pour l’EACMC1

  • Règle de l’arthrite septique : Une articulation chaude et enflée est septique jusqu’à preuve du contraire. Ponctionnez-la !
  • Arthrite gonococcique : Penser à l’envisager chez les jeunes adultes sexuellement actifs. Rechercher la triade ténosynovite, dermatite et polyarthralgie.
  • Arthrite réactive : Retenir le calendrier (1-4 semaines post-infection) et le déclencheur (Chlamydia ou infection GI).
  • Goutte vs Cellulite : La goutte peut provoquer un érythème et une desquamation importants, mimant la cellulite.
  • Douleur lombaire : La douleur lombaire inflammatoire (mieux à l’exercice, pire au repos, douleur nocturne) oriente vers la Spondylarthrite Ankylosante.

Question d’exemple

Question

Un homme de 26 ans se présente aux urgences avec une histoire de 3 jours d’un genou droit douloureux et enflé et d’une cheville gauche. Il rapporte des difficultés à marcher en raison de la douleur. La revue des systèmes révèle des antécédents de dysurie et d’écoulement urétral il y a 3 semaines, qui ont disparu sans traitement. Il nie tout traumatisme récent ou fièvre. Les signes vitaux sont : Temp 37,1 °C, TA 124/78 mmHg, FC 82 bpm. L’examen physique montre un épanchement important et une chaleur dans le genou droit, ainsi qu’une sensibilité au niveau de l’insertion du tendon d’Achille gauche.

Quelle est la prochaine étape de prise en charge la plus appropriée ?

  • A. Initier la ciprofloxacine orale
  • B. Effectuer une arthrocentèse du genou droit
  • C. Commander une IRM de la colonne lombaire
  • D. Prescrire de la prednisone orale
  • E. Rassurer et renvoyer à la maison avec du naproxène

Explication

La bonne réponse est :

  • B. Effectuer une arthrocentèse du genou droit

Explication détaillée :

Ce patient présente une oligoarthrite asymétrique aiguë (genou et cheville) et une enthésite (sensibilité au tendon d’Achille) suite à une infection sexuellement transmissible probable (urétrite) qui s’est résolue. Le tableau clinique est fortement suggestif d’une Arthrite Réactive (anciennement syndrome de Reiter).

Cependant, l’EACMC1 met l’accent sur la sécurité et l’élimination des conditions potentiellement mortelles. L’Arthrite septique doit être écartée chez tout patient présentant une articulation aiguë, chaude et enflée (surtout le genou) avant d’initier un traitement immunosuppresseur ou de présumer un processus inflammatoire stérile. Par conséquent, l’analyse du liquide synovial (arthrocentèse) est l’étape suivante obligatoire pour évaluer le nombre de cellules, la coloration de Gram et les cristaux.

  • Option A (Ciprofloxacine) : Bien que le déclencheur puisse avoir été la Chlamydia, le traitement de l’infection maintenant ne traite pas nécessairement de manière fiable l’arthrite réactive, et les antibiotiques ne doivent pas être commencés sans confirmer le diagnostic ou écarter une arthrite septique.
  • Option C (IRM de la colonne) : Bien que l’Arthrite Réactive soit une spondyloarthropathie et puisse impliquer la colonne vertébrale, ce n’est pas la priorité immédiate pour un épanchement articulaire périphérique aigu.
  • Option D (Prednisone) : Les stéroïdes sont contre-indiqués jusqu’à ce que l’arthrite septique soit écartée par arthrocentèse.
  • Option E (Naproxène) : Les AINS sont le traitement de choix pour l’Arthrite Réactive, mais il faut d’abord exclure l’arthrite septique par ponction articulaire.

Références

  1. Conseil médical du Canada. Lignes directrices pour les questions à choix multiples et la prise de décision clinique de l’EACMC, Partie I.
  2. Choisir avec soin Canada. Rhumatologie : Cinq choses que les médecins et les patients devraient remettre en question. Link 
  3. Agence de la santé publique du Canada. Maladie de Lyme : Pour les professionnels de la santé. Link 
  4. Kasper, D. L., et al. Harrison’s Principles of Internal Medicine. 21e édition. McGraw-Hill Education.
  5. Dynamed. Approche de l’adulte présentant une douleur monoarticulaire. Accédé via Joule de l’AMC.


Last updated on