Skip to Content
Internal MedicineNeurologyCrises Épileptiques et Épilepsie

Crises Épileptiques et Épilepsie : Guide de Préparation pour l’EACMC1

Introduction

Les crises épileptiques et l’épilepsie représentent une part significative des questions de neurologie à l’EACMC1. Comprendre la classification, la prise en charge aiguë (Statut Épileptique) et les soins à long terme dans le contexte canadien est essentiel pour les étudiants en médecine et les diplômés internationaux en médecine (DIM).

Selon Épilepsie Canada, environ 0,6 % de la population canadienne est atteinte d’épilepsie. En tant que futur médecin canadien, vous devez maîtriser la distinction entre une crise provoquée et l’épilepsie, la gestion de la phase aiguë, et le conseil aux patients concernant les implications sur le mode de vie, en particulier les réglementations sur la conduite automobile établies par l’Association Médicale Canadienne (AMC) et les ministères provinciaux des transports.

💡

Distinction des Définitions :

  • Crise Épileptique : Survenue transitoire de signes et/ou de symptômes due à une activité neuronale anormale excessive ou synchrone dans le cerveau.
  • Épilepsie : Maladie du cerveau définie par l’une des conditions suivantes :
    1. Au moins deux crises non provoquées (ou réflexes) survenant à plus de 24 heures d’intervalle.
    2. Une crise non provoquée (ou réflexe) et une probabilité de crises ultérieures similaire au risque général de récidive (au moins 60 %) après deux crises non provoquées, survenant au cours des 10 prochaines années.
    3. Diagnostic d’un syndrome épileptique.

Classification des Crises (LITRED 2017)

La classification 2017 de la Ligue Internationale Contre l’Épilepsie (LITRED) est la norme utilisée dans l’enseignement médical canadien.

Début Focal (Origine dans des réseaux limités à un seul hémisphère)

  • Niveau de conscience :
    • Focale avec conscience préservée : La conscience reste intacte (anciennement « Simple Partielle »).
    • Focale avec altération de la conscience : La conscience est altérée à tout moment (anciennement « Complexe Partielle »).
  • Motrice vs Non-Motrice :
    • Motrice : Tonique, atonique, clonique, myoclonique, automatismes (ex. : clignements des lèvres).
    • Non-Motrice : Sensorielle, cognitive, émotionnelle, arrêt autonome.
  • Progression : Peut évoluer vers une crise tonico-clonique bilatérale (anciennement « généralisation secondaire »).

Étiologie

Pour l’EACMC1, rappelez-vous que l’étiologie est fortement dépendante de l’âge.

Mnémonique Canadien : VASCULITE

  • Vasculaire (AVC - cause la plus fréquente chez les personnes âgées)
  • Auto-immune (LES, Anti-NMDA)
  • Systémique/Métabolique (Hypoglycémie, Hyponatrémie, Hypocalcémie, Urémie)
  • Congenital/Génétique
  • Unknown/Idiopathique / Iatrogène (Sevrage alcoolique/Benzodiazépines)
  • Lésionnel (Traumatisme crânien - TC)
  • Infectieux (Méningite, Encéphalite, Abcès)
  • Tumeur
  • Epilepsie (Syndromes) / Psychogène (Crises non épileptiques psychogènes - CNEP)

Causes Fréquentes par Groupe d’Âge

Groupe d’ÂgeÉtiologies Fréquentes
Nouveau-nés (<1 mois)Encéphalopathie hypoxique-ischémique, troubles métaboliques, infection, troubles génétiques.
EnfantsCrises fébriles, troubles génétiques, traumatisme, infection.
Adolescents/Jeunes AdultesTraumatisme, sevrage ou intoxication alcoolique/drogues, tumeur, idiopathique.
Personnes Âgées (>60 ans)Maladie cérébrovasculaire (AVC), troubles neurodégénératifs (Alzheimer), tumeur, métabolique.

Approche Diagnostique

Pour l’EACMC1, l’approche clinique suit le rôle Médecin Expert de CanMEDS : recueillir l’anamnèse, effectuer un examen physique et commander les investigations appropriées.

Étape 1 : Anamnèse Détaillée (Le Gold Standard)

Le diagnostic de crise est principalement clinique.

  • Pré-ictale : Aura ? Déclencheurs (privation de sommeil, alcool, lumières clignotantes) ?
  • Ictale : Durée ? Activité motrice (symétrie) ? Perte de conscience ? Morsure de langue (latérale est spécifique) ? Incontinence urinaire ?
  • Post-ictale : Confusion ? Paralysie de Todd (faiblesse focale transitoire) ? Céphalée ? Douleur musculaire ?
  • Témoignage : Essentiel pour décrire l’événement.

Étape 2 : Examen Physique

  • Signes Vitaux : Fièvre (infection), TA (encéphalopathie hypertensive).
  • Examen Neurologique : Rechercher des déficits focaux suggérant une lésion structurelle (tumeur, AVC).
  • Peau : Stigmates neurocutanés (ex. : taches café-au-lait dans la Neurofibromatose, taches en feuille d’érable dans la Sclérose Tubéreuse de Bourneville).

Étape 3 : Investigations en Laboratoire

  • NFS, Électrolytes (Na, Ca, Mg), Glucose : Écarter les causes métaboliques.
  • Dépistage toxicologique : Si l’usage de substances est suspecté.
  • Prolactine : Élevée transitoirement 10-20 minutes après les crises TCG (permet de différencier des CNEP, bien que non utilisée de routine aux urgences).
  • Bêta-hCG : Obligatoire chez les femmes en âge de procréer avant l’imagerie ou la médication.

Étape 4 : Neuroimagerie et Neurophysiologie

  • TDM Cérébrale : Urgente en cas de crise d’apparition récente, de traumatisme, de déficit focal persistant ou d’altération de l’état mental.
  • IRM Cérébrale : Imagerie de choix pour le protocole d’épilepsie (sensibilité plus élevée pour la sclérose de l’hippocampe médial, la dysplasie corticale).
  • EEG (Électroencéphalogramme) : Investigation standard.
    • Note : Un EEG normal n’exclut pas l’épilepsie.

Prise en Charge

1. Prise en Charge Aiguë : Statut Épileptique

Le Statut Épileptique (SE) est une urgence médicale définie comme une crise durant >5 minutes ou deux crises ou plus sans récupération complète de la conscience entre les deux.

🚨 Protocole d’Urgence (Lignes Directrices Canadiennes)

ABCDE : Airway (Voies respiratoires), Breathing (Respiration - O2), Circulation (Accès IV), Dextrose (vérifier la glycémie), Electrolytes.

  • 0-5 min : Phase de stabilisation. Vérifier la glycémie. Thiamine 100 mg IV puis D50W si hypoglycémie.
  • 5-20 min (Première Ligne) : Benzodiazépine.
    • Lorazépam 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose), peut être répété une fois.
    • Alternative : Midazolam IM ou Diazépam IV/Rectal si pas d’accès IV.
  • 20-40 min (Deuxième Ligne) : Médicament Anti-Crise (MAC) urgent.
    • Fosphénytoïne/Phénytoïne IV
    • Acide Valproïque IV
    • Lévétiracétam IV
  • >40 min (Réfractaire) : Agents anesthésiques (Propofol, perfusion de Midazolam, Pentobarbital) + Intubation/USI.

2. Prise en Charge Chronique : Médicaments Anti-Crises (MAC)

Le traitement est généralement initié après la deuxième crise non provoquée. Le traitement après la première crise est envisagé si le risque de récidive est élevé (IRM/EEG anormale).

MAC Courants au Canada :

MédicamentIndicationEffets Secondaires Clés / Notes
Lévétiracétam (Keppra)Spectre large (Focale & Généralisée)Irritabilité, changements d’humeur (« Kepprage »). Peu d’interactions médicamenteuses.
Lamotrigine (Lamictal)Spectre largeSyndrome de Stevens-Johnson (SSJ) - titrer lentement. Sûr pendant la grossesse.
Acide Valproïque (Épival)Spectre large (Première ligne pour les généralisées)Hautement Tératogène – à éviter chez les femmes en âge de procréer, hépatotoxicité, prise de poids, tremblements.
Carbamazépine (Tegretol)Crises focalesHyponatrémie (SIADH), agranulocytose, SSJ (dépistage HLA-B*1502 chez les Asiatiques), inducteur du CYP450.
ÉthosuximideCrises d’absence seulementTroubles gastro-intestinaux, somnolence.

Lignes Directrices Canadiennes

Conduite Automobile et Épilepsie

Ceci est un sujet à haut rendement pour l’EACMC1 et s’inscrit dans les rôles CanMEDS de Défenseur des patients et de Professionnel. Les médecins ont le devoir de signaler (obligatoire dans certaines provinces comme l’Ontario, discrétionnaire dans d’autres comme l’Alberta/Québec — vérifier les lois locales, mais pour l’examen, connaître les lignes directrices de l’AMC).

Guide du Conducteur de l’AMC (Permis Privé - Classe 5) :

  • Norme : Un patient doit être sans crise pendant 6 mois avec ou sans médication pour conduire un véhicule privé.
  • Exceptions :
    • Première crise non provoquée : Peut conduire après un bilan neurologique complet normal et sans crise pendant 3 mois (varie selon la province, souvent 3-6 mois).
    • Crises nocturnes seulement : Peut conduire si le rythme est établi depuis au moins 12 mois.
    • Changement de médication : Si réduction de dose/changement, ne devrait généralement pas conduire pendant le changement et pendant 3 mois après l’établissement de la nouvelle dose.
🇨🇦

Conducteurs Commerciaux (Classe 1-4) : Les règles sont beaucoup plus strictes. Exige généralement 5 ans sans crise sans médication ou 5 ans sans crise sous médication (selon les statuts provinciaux spécifiques, mais 5 ans est le chiffre clé à retenir).

Femmes en Âge de Procréer

  • Acide Folique : Toutes les femmes atteintes d’épilepsie en âge de procréer devraient prendre de l’Acide Folique (0,4 mg à 5 mg par jour). La plupart des lignes directrices suggèrent des doses plus élevées (4-5 mg) pour celles sous MAC inducteurs d’enzymes ou sous Valproate.
  • Tératogénicité : L’acide valproïque présente le risque le plus élevé de malformations congénitales majeures (anomalies du tube neural) et d’un QI plus faible chez la progéniture. Éviter le Valproate dans cette population à moins qu’il n’y ait pas d’autre option.

Points Clés à Retenir pour l’EACMC1

  • Statut Épileptique : Traiter immédiatement si >5 minutes. Le Lorazépam IV est le médicament de première ligne de choix.
  • Première Crise : Ne nécessite pas toujours un MAC. Investiguer avec IRM et EEG.
  • Personnes Âgées : L’AVC est la cause la plus fréquente de crises d’apparition nouvelle.
  • Sevrage Alcoolique : Les crises surviennent typiquement 6 à 48 heures après l’arrêt. Traiter avec des Benzodiazépines.
  • Crises d’Absence : Tracé pointe-onde à 3Hz à l’EEG. Traiter avec Éthosuximide (enfants) ou Acide Valproïque.
  • Signalement : Connaître la différence entre les provinces à signalement Obligatoire vs Discrétionnaire, mais prioriser la sécurité du patient (Lignes directrices de l’AMC).
// Quick Reference Abbreviations ABBREVIATIONS = { "GTC": "Généralisée Tonico-Clonique", "MAC": "Médicament Anti-Crise", "MMSÉ": "Mort Subite Inexpliquée dans l'Épilepsie", "EJM": "Épilepsie Myoclonique Juvénile", "CNEP": "Crises Non Épileptiques Psychogènes" }

Question d’Exemple

Scénario Clinique

Une femme de 27 ans est amenée au service des urgences par les paramédicaux. Son partenaire rapporte qu’elle a eu une crise tonico-clonique généralisée à la maison. La crise s’est arrêtée spontanément après 2 minutes, mais elle est restée confuse. À son arrivée aux urgences, 30 minutes après le premier événement, elle recommence à avoir des crises. Elle a des antécédents d’épilepsie et a récemment manqué de sa médication. Ses signes vitaux sont : TA 135/85 mmHg, FC 110 bpm, FR 22/min, SatO2 94 % à l’air ambiant. Un accès IV a été établi.

Question

Laquelle des interventions pharmacologiques immédiates suivantes est la plus appropriée ?

  • A. Phénytoïne IV
  • B. Propofol IV
  • C. Lorazépam IV
  • D. Diazépam rectal
  • E. Lacosamide IV

Cliquer pour révéler la réponse et l’explication

Explication

La bonne réponse est :

  • C. Lorazépam IV

Explication Détaillée : Cette patiente est en Statut Épileptique. Bien que la définition traditionnelle exigeait 30 minutes d’activité convulsive, la définition opérationnelle pour le traitement est >5 minutes d’activité convulsive continue ou deux crises ou plus sans récupération complète de la conscience entre les deux. Cette patiente a eu une deuxième crise sans récupérer de l’état post-ictale de la première, ce qui la qualifie pour un statut épileptique.

  1. Thérapie de première ligne pour le statut épileptique actif en milieu hospitalier avec accès IV est une Benzodiazépine.
  2. Le Lorazépam (0,1 mg/kg IV) est l’agent préféré en raison de son début d’action rapide et de sa durée d’action plus longue dans le SNC par rapport au Diazépam.
  3. La Phénytoïne (Option A) est un agent de deuxième ligne utilisé après les benzodiazépines pour prévenir la récidive. Ce n’est pas le traitement abortif immédiat.
  4. Le Propofol (Option B) est un agent de troisième ligne utilisé pour le statut réfractaire nécessitant une intubation.
  5. Le Diazépam rectal (Option D) est une alternative si l’accès IV ne peut être établi (ex. : milieu préhospitalier), mais cette patiente a un accès IV.
  6. Le Lacosamide (Option E) est un agent alternatif de deuxième ligne, mais ce n’est pas le choix abortif immédiat de première ligne.

Point Clé EACMC1 : Reconnaître la définition opérationnelle du Statut Épileptique (crises récurrentes sans retour à la normale) et prioriser le Lorazépam IV comme prise en charge immédiate.


Références

  1. Épilepsie Canada. Faits sur l’épilepsie. Disponible à epilepsy.ca .
  2. Association Médicale Canadienne (AMC). Guide du Conducteur de l’AMC : Détermination de l’aptitude médicale à conduire des véhicules à moteur, 9e édition.
  3. Fisher, R. S., et al. (2017). Classification opérationnelle des types de crises par la Ligue Internationale Contre l’Épilepsie. Epilepsia.
  4. Association Canadienne des Médecins d’Urgence (ACMU). Lignes directrices pour la prise en charge du statut épileptique.
  5. Choisir avec soin Canada. Neurologie : Ne pas demander d’EEG pour les maux de tête. Disponible à choosingwiselycanada.org .


Last updated on