Hémoglobine Élevée (Érythrocytose)
Objectifs de l’EACMC1
Pour l’EACMC1, la compréhension de l’Hémoglobine Élevée (souvent appelée Érythrocytose ou Polycythémie) est cruciale pour les sections de Médecine Interne et d’Hématologie. Les candidats doivent démontrer le rôle d’Expert Médical du CanMEDS en différenciant les causes relatives, primaires et secondaires, et en appliquant les algorithmes diagnostiques appropriés dans le contexte des soins de santé canadiens.
L’hémoglobine élevée est définie comme une concentration d’hémoglobine supérieure à la limite supérieure de la normale pour l’âge et le sexe du patient.
Seuils de Définition pour l’EACMC1
Bien que les plages de référence des laboratoires locaux varient, les seuils généraux nécessitant une investigation plus poussée dans un contexte adulte sont :
- Hommes : Hémoglobine >165 g/L ou Hématocrite >0,49
- Femmes : Hémoglobine >160 g/L ou Hématocrite >0,48
Terminologie et Classification
Comprendre la nomenclature est la première étape de la démarche diagnostique.
Polycythémie vs Érythrocytose : Strictement parlant, la Polycythémie fait référence à une augmentation de toutes les lignées cellulaires myéloïdes (globules rouges, globules blancs et plaquettes), tandis que l’Érythrocytose fait spécifiquement référence à une augmentation de la masse de globules rouges (GR). Cependant, en pratique clinique et aux examens, ces termes sont souvent utilisés de manière interchangeable pour décrire une hémoglobine élevée.
Classification de l’Érythrocytose
Le diagnostic différentiel est mieux abordé en catégorisant l’affection en érythrocytose Relative (Factice) ou Absolue (Vraie).
Érythrocytose Relative
Définition : Hémoglobine/hématocrite élevée due à une diminution du volume plasmatique, la masse de globules rouges restant normale.
Causes Fréquentes :
- Déshydratation : Diurétiques, vomissements, diarrhée, consommation d’alcool.
- Syndrome de Gaisböck : Aussi appelé « polyglobulie de stress », généralement observé chez les hommes obèses, hypertendus et fumeurs.
Astuce EACMC1 : Recherchez des signes de contraction du volume (tachycardie, hypotension, muqueuses sèches) dans le vignette clinique.
Présentation Clinique
Les patients peuvent être asymptomatiques (découverte fortuite) ou présenter des symptômes liés à l’hyperviscosité ou à la cause sous-jacente.
Symptômes d’Hyperviscosité
Lorsque l’hématocrite augmente (typiquement >0,55–0,60), la viscosité sanguine augmente, entraînant :
- Maux de tête, étourdissements, acouphènes, vision trouble.
- Fatigue, léthargie.
- Accidents ischémiques transitoires (AIT).
Caractéristiques Spécifiques de la Polycythémie Vraie (PV)
- Prurit aquagène : Démangeaisons intenses après une douche chaude (mot-clé classique de l’EACMC1).
- Érythromélalgie : Douleur brûlante et érythème dans les mains et les pieds.
- Splénomégalie : Satiété précoce, plénitude dans le quadrant supérieur gauche de l’abdomen.
- Thrombose : Artérielle (AVC, infarctus du myocarde) ou veineuse (TVP, EP, syndrome de Budd-Chiari).
Approche Diagnostique
La démarche diagnostique pour l’hémoglobine élevée est un problème classique de « logique arborescente » à l’EACMC1.
Étape 1 : Confirmer l’Élévation
Répéter la numération formule sanguine (NFS) pour écarter une erreur de laboratoire ou une déshydratation transitoire. Assurer une hydratation optimale avant de répéter l’analyse.
Étape 2 : Histoire et Examen Physique
- Histoire : Statut tabagique (paquets-années), ronflements/somnolence diurne (AOS), résidence en altitude, antécédents de maladie rénale, histoire familiale.
- Examen physique : Saturation en oxygène (oxymétrie de pouls), IMC, tension artérielle, examen abdominal (splénomégalie, masses rénales), examen cutané (pléthore).
Étape 3 : Mesurer le taux d’Érythropoïétine (EPO) sérique
C’est le point de pivot critique de l’algorithme.
- EPO basse : Suggère une Érythrocytose Primaire (Polycythémie Vraie). La moelle produit des GR malgré l’absence de signal.
- EPO élevée (ou normale) : Suggère une Érythrocytose Secondaire. La moelle répond à un signal.
Étape 4 : Tests Ciblés Basés sur l’EPO
- Si l’EPO est basse :
- Tester la mutation JAK2 V617F.
- Si positive Polycythémie Vraie.
- Si négative Considérer la mutation de l’exon 12 ou d’autres NMP.
- Si l’EPO est élevée/normale :
- Évaluer l’hypoxie : Gazométrie artérielle (GDA) incluant la Carboxyhémoglobine (fumeurs), Étude du sommeil (AOS).
- Évaluer les tumeurs : Échographie ou TDM abdominale (masses rénales/hépatiques).
Prise en Charge et Traitement
La prise en charge dépend entièrement de l’étiologie.
1. Érythrocytose Relative
- Réhydratation.
- Modification des facteurs de risque (perte de poids, contrôle de l’hypertension, arrêt du tabagisme).
2. Érythrocytose Secondaire
- Traiter la cause sous-jacente :
- Arrêt du tabagisme.
- Pression positive continue (CPAP) pour l’Apnée Obstructive du Sommeil.
- Oxygénothérapie pour l’hypoxie chronique (si indiquée).
- Résection chirurgicale des tumeurs productrices d’EPO.
- Note : La phlébotomie est généralement réservée aux patients présentant des symptômes d’hyperviscosité dans ce groupe, et non seulement pour abaisser le chiffre.
3. Polycythémie Vraie (Primaire)
L’objectif est de prévenir les complications thrombotiques et hémorragiques.
Traitement de Première Ligne
- Phlébotomie : Objectif d’hématocrite <0,45 (pour les hommes et les femmes).
- Aspirine à faible dose (81 mg) : Sauf contre-indication, pour réduire le risque thrombotique.
Traitement Cytoréducteur
Indiqué pour les patients à haut risque (Âge >60 OU antécédents de thrombose).
- Hydroxyurée : Agent cytoréducteur de première ligne le plus courant.
- Interféron-alpha : Option pour les patients plus jeunes ou en cas de grossesse.
- Ruxolitinib : Inhibiteur de JAK1/2 pour les cas résistants.
Lignes Directrices et Contexte Canadiens
- Choisir avec Sagesse Canada : Bien que les listes spécifiques de « choses à ne pas faire » pour l’érythrocytose soient limitées, le principe général s’applique : Ne pas demander le test JAK2 de manière indiscriminée. Il doit être réservé aux patients présentant une érythrocytose absolue soutenue avec des taux d’EPO bas ou sublormaux, ou une forte suspicion clinique de NMP (ex. : splénomégalie, thrombose).
- Groupe Canadien des NMP : Recommande un contrôle strict de l’hématocrite (<0,45) pour les patients atteints de PV afin de réduire la mortalité cardiovasculaire et les thromboses majeures.
- Épidémiologie : Dans le contexte canadien, il faut toujours considérer la BPCO et l’AOS comme les principales causes d’érythrocytose secondaire en raison de la prévalence dans la population. Dans les régions rurales/isolées, considérer l’accès aux services de phlébotomie lors de la planification de la prise en charge.
Points Clés à Retenir pour l’EACMC1
- Mnémoniques :
- Les 5 P de la Polycythémie Vraie : Pléthore (visage rouge), Prurit (aquagène), Perturbation des extrémités (érythromélalgie), Pertes vasculaires (thrombose), Palpation de la rate.
- Factice vs Vraie : Toujours écarter la déshydratation en premier.
- La division EPO : Le test initial le plus utile pour différencier les causes primaires des causes secondaires est le taux d’EPO sérique.
- Carboxyhémoglobine : N’oubliez pas de la vérifier chez les fumeurs ; le tabagisme provoque une hypoxie fonctionnelle entraînant une érythrocytose secondaire.
- Hct Cible : Pour la PV, le chiffre magique est <0,45.
Question d’Exemple
Scénario Clinique
Un homme de 62 ans consulte son médecin de famille pour des plaintes de fatigue généralisée et de maux de tête fréquents au cours des 3 derniers mois. Il mentionne également des démangeaisons intenses sur tout le corps après avoir pris des douches chaudes. Il n’a pas d’antécédents de maladie pulmonaire mais souffre d’hypertension traitée. Il ne fume pas.
Examen Physique :
- TA : 150/90 mmHg
- FC : 78 bpm
- Sat O2 : 98 % à l’air ambiant
- Abdomen : Pointe de la rate palpable à 4 cm sous le rebord costal gauche.
- Peau : Teint rougeaud (pléthore faciale).
Résultats de Laboratoire :
- Hémoglobine : 195 g/L (N : 135–175)
- Hématocrite : 0,58 (N : 0,41–0,50)
- Globules Blancs : 14,5 x 10^9/L (N : 4,5–11,0)
- Plaquettes : 550 x 10^9/L (N : 150–400)
Quelle est la prochaine étape la plus appropriée pour confirmer le diagnostic probable ?
Options
- A. Biopsie de la moelle osseuse
- B. Analyse des gaz du sang artériel
- C. Taux d’érythropoïétine (EPO) sérique
- D. Test de recherche de la mutation JAK2 V617F
- E. TDM abdominale
Explication
La bonne réponse est :
- C. Taux d’érythropoïétine (EPO) sérique
Explication Détaillée :
Ce patient présente des signes et symptômes classiques de la Polycythémie Vraie (PV) : hémoglobine élevée, pan-myélose (augmentation des GB et des plaquettes), splénomégalie, pléthore faciale et le symptôme très spécifique du prurit aquagène.
- EPO Sérique (Option C) : C’est la première investigation à réaliser pour différencier l’érythrocytose primaire de l’érythrocytose secondaire. Dans la PV (Primaire), les taux d’EPO sont typiquement bas ou supprimés car la moelle osseuse produit des GR de manière autonome, signalant aux reins d’arrêter la production d’EPO. Dans les causes secondaires (comme l’hypoxie ou les tumeurs), l’EPO serait élevée ou normale.
- JAK2 V617F (Option D) : Bien que le test de la mutation JAK2 soit le test diagnostique définitif de la PV, l’algorithme commence généralement par l’EPO. Si l’EPO est basse, le test JAK2 est alors automatiquement indiqué. Cependant, à l’EACMC1, si l’on vous demande la prochaine étape pour différencier l’étiologie, l’EPO est souvent le point de bifurcation principal. Note : Dans certaines voies cliniques modernes, l’EPO et le JAK2 sont demandés simultanément, mais conceptuellement, la confirmation du statut de l’EPO oriente le test génétique.
- Biopsie de la Moelle Osseuse (Option A) : Il s’agit d’un critère majeur de diagnostic, mais il est invasif et est généralement effectué après que les tests d’EPO et de JAK2 aient établi une forte probabilité de NMP.
- Gaz du Sang Artériel (Option B) : Ceci serait approprié si l’on suspectait une hypoxie (Érythrocytose Secondaire), mais le patient présente une saturation en oxygène normale (98 %) et des caractéristiques cliniques fortement suggestives de PV.
- TDM Abdominale (Option E) : Utilisée pour rechercher des tumeurs sécrétant de l’EPO (CR/CHC) si l’EPO s’avérait élevée.
À retenir : Dans la démarche diagnostique de l’érythrocytose, le taux d’EPO sérique est le test pivot qui distingue les causes primaires (EPO basse) des causes secondaires (EPO élevée/normale).
Références
- Conseil médical du Canada. Objectifs de l’Examen de la Partie I de l’EACMC : Maladies hématologiques. Disponible à : mcc.ca
- McMullin MF, et al. A guideline for the diagnosis and management of polycythaemia vera. British Journal of Haematology. 2019.
- UpToDate. Diagnostic approach to the patient with polycythemia (erythrocytosis). Consulté en 2023.
- Groupe Canadien des NMP. Lignes directrices de prise en charge des Néoplasies Myéloprolifératives.
- Choisir avec Sagesse Canada. Recommandations en Hématologie. Disponible à : choosingwiselycanada.org