Abus envers les aînés : Un guide complet pour l’EACMC1
Introduction
L’abus envers les aînés est un sujet crucial pour l’Examen d’aptitude du Conseil médical du Canada, partie I (EACMC1), relevant du domaine de la Gériatrie et de la Médecine interne. Il représente un problème de santé publique important au Canada. En tant que futur médecin canadien, on s’attend à ce que vous démontriez les rôles CanMEDS d’Expert médical, de Communicateur et de Défenseur des patients en identifiant, évaluant et gérant les cas de mauvais traitements envers les personnes âgées.
Contexte canadien : Au Canada, la prévalence de l’abus envers les aînés est estimée entre 4 % et 10 % des personnes âgées. Cependant, on reconnaît qu’il est largement sous-déclaré. Le vieillissement de la population canadienne en fait un sujet à haut rendement pour l’EACMC1.
Définition
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les autorités canadiennes définissent l’abus envers les aînés comme :
« Un acte unique ou répété, ou l’absence d’action appropriée, survenant dans toute relation où il existe une attente de confiance et qui cause un préjudice ou une détresse à une personne âgée. »
Types d’abus envers les aînés
Comprendre les types spécifiques d’abus est essentiel pour la reconnaissance lors des rencontres cliniques.
Physique et sexuel
Abus physique
- Utilisation de la force physique entraînant des blessures corporelles, de la douleur ou une incapacité.
- Signes : Ecchymoses inexpliquées, fractures, brûlures, marques de contention, perte de cheveux.
Abus sexuel
- Contact sexuel non consenti de toute nature.
- Signes : Traumatisme génital/anal, ITSS inexpliquées, sous-vêtements tachés.
Facteurs de risque
Identifier les facteurs de risque est essentiel pour le rôle de Défenseur des patients.
Facteurs de risque comparatifs
| Catégorie | Facteurs de risque |
|---|---|
| Facteurs liés à la victime | • Genre féminin • Déficience cognitive (Démence) • Dépendance fonctionnelle (AVQ/AVIV) • Isolement social • Antécédents de violence conjugale |
| Facteurs liés au perpétrateur | • Épuisement/stress du soignant • Toxicomanie • Maladie mentale • Dépendance financière envers la victime • Antécédents de violence |
| Facteurs institutionnels | • Personnel insuffisant • Mauvaises conditions de travail • Manque de supervision |
Note d’épidémiologie canadienne
Au Canada, le perpétrateur est le plus souvent un membre de la famille. Les enfants adultes sont les perpétrateurs les plus fréquents, suivis par les conjoints. Cette dynamique complique le signalement et l’intervention en raison de la peur de la victime de perdre le lien familial ou les soins.
Évaluation clinique
Pour l’EACMC1, vous devez savoir comment aborder un patient chez qui un abus est suspecté.
Étape 1 : L’approche de l’entrevue
La sécurité et la confidentialité sont primordiales.
- Interrogez le patient seul, séparément du soignant.
- Adoptez un ton de soutien et sans jugement.
- Commencez par des questions générales avant de passer aux détails.
Étape 2 : Outils de dépistage
Utilisez des outils validés comme l’EASI (Elder Abuse Suspicion Index), développé au Canada.
Questions de l’EASI (adressées au patient) :
1. Avez-vous dû dépendre de quelqu’un pour l’une des choses suivantes : vous laver, vous habiller, faire les courses, faire vos opérations bancaires ou préparer vos repas?
2. Quelqu’un vous a-t-il empêché d’avoir de la nourriture, des vêtements, des médicaments, des lunettes, des aides auditives ou des soins médicaux, ou de voir les gens que vous vouliez voir?
3. Quelqu’un vous a-t-il contrarié parce qu’on vous a parlé d’une manière qui vous a fait sentir humilié ou menacé?
4. Quelqu’un a-t-il essayé de vous forcer à signer des papiers ou d’utiliser votre argent contre votre volonté?
5. Quelqu’un vous a-t-il fait peur, vous a-t-il touché d’une manière que vous ne vouliez pas, ou vous a-t-il blessé physiquement?
(Pour le médecin) :
6. L’abus envers les aînés peut être associé à des signes tels que : manque de contact visuel, nature renfermée, malnutrition, problèmes d’hygiène, coupures, ecchymoses, vêtements inappropriés ou non-observance des médicaments. Avez-vous remarqué quelque chose de tel aujourd’hui?Étape 3 : Examen physique
Recherchez des « signaux d’alarme » :
- Ecchymoses : Surtout sur le torse, les oreilles, le cou ou les zones habituellement couvertes. Ecchymoses >5 cm.
- Fractures : Fractures spirales, ou fractures incompatibles avec le mécanisme rapporté.
- Général : Déshydratation, malnutrition, escarres de décubitus, mauvaise hygiène.
- Comportemental : Retrait, peur, faible contact visuel, « protection par le soignant » (le soignant répond pour le patient).
Étape 4 : Examens complémentaires
- Laboratoire : NFS, électrolytes, urée/créatinine, albumine (pour évaluer l’hydratation/nutrition), dosages de médicaments (surdosage/sous-dosage).
- Imagerie : Radiographie du squelette si un abus physique est fortement suspecté.
Prise en charge et lignes directrices canadiennes
La prise en charge dépend fortement de la capacité cognitive du patient et de l’urgence de la situation.
1. Évaluation de la capacité
C’est l’étape pivot de l’algorithme de prise en charge.
- Patient capable : Les adultes compétents au Canada ont le droit de vivre au risque. S’ils refusent une intervention, vous ne pouvez pas la forcer, à moins qu’un crime n’ait été commis ou que des lois provinciales spécifiques ne s’appliquent. Votre rôle est d’éduquer, de fournir des ressources et d’élaborer un plan de sécurité.
- Patient incapable : Si le patient manque de capacité (ex. : démence avancée), vous devez intervenir pour le protéger. Cela peut impliquer le tuteur public et le fiduciaire (TPF) ou des décideurs suppléants.
2. Déclaration obligatoire au Canada
CONNAISSANCE CRUCIALE POUR L’EACMC1 : Les lois sur la déclaration varient considérablement d’une province et d’un territoire à l’autre.
- Foyers de soins de longue durée / Résidences pour aînés : La déclaration obligatoire est généralement requise dans la plupart des provinces.
- Personnes vivant en communauté : La déclaration obligatoire pour les adultes compétents n’est PAS universelle. (Ex. : En Ontario, la déclaration n’est pas obligatoire pour les adultes compétents vivant en communauté, mais elle l’est en Nouvelle-Écosse).
- Règle générale pour l’examen : Si le patient est en danger immédiat, assurez sa sécurité (appelez le 911). Si le danger n’est pas immédiat, évaluez la capacité. Documentez toujours méticuleusement.
3. Stratégies d’intervention
- Approche multidisciplinaire : Impliquer le travail social, les Soins à domicile et en communauté (SADC), les soins infirmiers et les services de gériatrie.
- Plan de sécurité : Numéros d’urgence, endroits sûrs où aller, cacher l’argent/les documents.
- Prise en charge médicale : Traiter les blessures, corriger la malnutrition/déshydratation.
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Type le plus courant : L’abus financier est le plus fréquemment signalé ; la négligence est également très répandue.
- Perpétrateur le plus courant : Enfants adultes ou conjoints.
- Entrevue : Interrogez toujours le patient SEUL.
- Capacité : Les patients compétents peuvent refuser de l’aide (Autonomie).
- Documentation : Utilisez les propres mots du patient. Dessinez des schémas des blessures. Prenez des photos (avec consentement).
- CanMEDS :
- Défenseur des patients : Reconnaître la vulnérabilité et naviguer dans les systèmes sociaux.
- Collaborateur : Travailler avec les services sociaux et les organismes communautaires.
Mnémonique : SOS
- Screening (Dépistage) : Utiliser l’EASI, poser des questions directes.
- Observer : Signes physiques, dynamique patient-soignant.
- Sécurité : Évaluer le danger immédiat, la capacité et planifier en conséquence.
Question d’exemple
Scénario clinique
Une femme de 79 ans se présente aux urgences après une chute. Elle a des antécédents de démence vasculaire légère et d’hypertension. Elle vit avec son fils de 45 ans, sans emploi. À l’examen, elle semble négligée, avec une mauvaise hygiène et des muqueuses sèches. Vous remarquez des ecchymoses à différents stades de guérison sur ses avant-bras et son dos. Lorsque vous l’interrogez sur la chute, elle regarde le sol et reste silencieuse. Son fils l’interrompt en disant : « Elle est juste très maladroite et tombe tout le temps. Pouvons-nous simplement en finir rapidement? »
Lequel des énoncés suivants représente la mesure initiale la plus appropriée dans la prise en charge de cette patiente?
Options
- A. Signaler immédiatement le cas à la police.
- B. Confronté le fils concernant l’abus suspecté.
- C. Demander au fils de quitter la salle pour interviewer la patiente en privé.
- D. Commander une radiographie du squelette pour rechercher des fractures occultes.
- E. Réorienter immédiatement la patiente vers un établissement de soins de longue durée.
Explication
La bonne réponse est :
- C. Demander au fils de quitter la salle pour interviewer la patiente en privé.
Explication détaillée
- Le choix C est correct : La priorité immédiate en cas de suspicion d’abus envers les aînés est d’établir un environnement sûr pour évaluer la patiente. Cela nécessite de séparer la patiente du perpétrateur potentiel (le fils) pour l’interroger seule. Cela permet une histoire appropriée, une évaluation de la capacité et un dépistage de l’abus sans intimidation.
- Le choix A est incorrect : Bien que le signalement puisse être nécessaire éventuellement (selon les lois provinciales et le danger immédiat), ce n’est pas l’étape initiale. Vous devez d’abord recueillir des informations et évaluer les souhaits et la capacité de la patiente.
- Le choix B est incorrect : Confronté le fils peut faire escalader la situation, mettant la patiente à risque accru de représailles et détruisant la relation thérapeutique nécessaire pour l’aider.
- Le choix D est incorrect : Bien qu’une radiographie du squelette puisse faire partie du bilan plus tard, l’histoire et l’examen physique (facilités par une entrevue privée) ont la priorité.
- Le choix E est incorrect : Vous ne pouvez pas placer une patiente en institution sans une évaluation approfondie de sa capacité et de ses besoins, et sans son consentement (si elle est capable).
Références
- Agence de la santé publique du Canada. (2022). L’abus envers les aînés au Canada : Une analyse basée sur l’approche différentiée selon les sexes.
- Conseil médical du Canada. (2023). Objectifs de l’EACMC Partie I : Soins aux personnes âgées.
- Toronto Notes. (2023). Médecine Gériatrique : Abus envers les aînés.
- Yaffe, M. J., et al. (2008). Development and validation of a tool to improve physician identification of elder abuse: The Elder Abuse Suspicion Index (EASI). Journal of Elder Abuse & Neglect.
- Groupe de travail canadien sur la médecine préventive. (2013). Dépistage de l’altération cognitive chez les personnes âgées. (Référence contextuelle pour la capacité).