Hémorragie Digestive Haute (HDH)
Introduction
L’hémorragie digestive haute (HDH) est une urgence médicale fréquente rencontrée par les médecins canadiens. Pour la préparation à l’EACMC1, maîtriser l’approche de l’HDH est essentiel, car elle teste plusieurs rôles CanMEDS, notamment l’Expert Médical (réanimation aiguë, diagnostic) et le Collaborateur (consultation avec la Gastro-entérologie et la Chirurgie).
Définition : L’HDH est définie comme un saignement provenant d’une source proximale au Ligament de Treitz (flexure duodéno-jéjunale).
Au Canada, l’incidence de l’HDH est d’environ 100 à 170 cas par 100 000 adultes par an. Malgré les avancées thérapeutiques, les taux de mortalité restent entre 5 % et 10 %, principalement en raison de l’âge croissant et des comorbidités de la population de patients.
Étiologie
Comprendre l’étiologie est crucial pour le diagnostic différentiel à l’EACMC1. Les causes sont largement classées en saignements non-variqueux et variqueux.
Causes Fréquentes d’HDH
| Catégorie | Étiologie | Caractéristiques Clés pour l’EACMC1 |
|---|---|---|
| Ulcère Peptique (UP) | H. pylori, AINS | Cause la plus fréquente (~50 %). Douleur épigastrique, antécédent de consommation d’AINS. |
| Érosions Gastroduodénales | Alcool, AINS, Stress | Vomissements de « marc de café », souvent moins graves qu’un UP. |
| Varices Œsogastriques | Hypertension portale (Cirrhose) | Mise en jeu du pronostic vital. Stigmates de maladie hépatique (ascite, ictère, angiomes stellaires). |
| Déchirure de Mallory-Weiss | Vomissements/râles sévères | Déchirure muqueuse longitudinale à la jonction GE. La toxicomanie à l’alcool est un facteur de risque. |
| Néoplasie | Cancer de l’estomac/œsophage | Perte de poids, satiété précoce, dysphagie, âge avancé. |
| Lésion de Dieulafoy | Malformation vasculaire | Artériole volumineuse et tortueuse dans la paroi gastrique. Saignement massif et indolore. |
Présentation Clinique
La présentation clinique aide à localiser le saignement et à estimer la gravité.
- Hématémèse : Vomissement de sang rouge vif ou de matériel de « marc de café ». Suggère une source proximale.
- Méléna : Selles noires, goudronneuses, malodorantes. Indique que le sang est dans le tube digestif depuis au moins 14 heures. Nécessite aussi peu que 50-100 mL de sang.
- Hématochezie : Sang rouge vif par le rectum. Habituellement une hémorragie digestive basse, mais peut survenir lors d’une HDH massive (transit rapide) associée à une instabilité hémodynamique.
Instabilité Hémodynamique
L’évaluation du volume circulant est prioritaire.
⚠️ Signes Cliniques de Choc
- Tachycardie au repos (FC > 100 bpm)
- Hypotension (PAS < 90 mmHg)
- Changements orthostatiques (Chute de la PAS > 20 mmHg ou augmentation de la FC > 20 bpm)
- Extrémités froides et moites
- Altération de l’état mental
Gestion Initiale et Réanimation
La prise en charge immédiate de l’HDH suit l’ordre des ABC (Airway, Breathing, Circulation). Ne vous précipitez pas vers l’endoscopie avant d’avoir stabilisé le patient. C’est un piège fréquent dans les questions de l’EACMC1.
Étape 1 : Voies Respiratoires et Respiration
Évaluer la perméabilité des voies respiratoires. Envisager l’intubation élective pour la protection des voies respiratoires chez les patients avec :
- Hématémèse massive (risque d’aspiration).
- Altération de l’état mental (Score de Glasgow < 8).
- Agitation nécessitant une sédation pour l’endoscopie.
Étape 2 : Circulation et Accès
- Établir deux voies veineuses de gros calibre (calibre 18G ou plus).
- Initier la réanimation liquidienne avec des cristalloïdes (Lactate de Ringer ou Salin Normal).
- Envoyer les analyses sanguines : NFS, Électrolytes, Urée, Créatinine, INR/TTP, Bilan hépatique, et Groupage et Rhésus (Type & Crossmatch).
Étape 3 : Protocole de Transfusion
Adopter une stratégie transfusionnelle restrictive (basée sur les lignes directrices canadiennes/Choisir avec soin Canada).
- Transfuser les GR si l’Hémoglobine est < 70 g/L (Cible 70-90 g/L).
- Exception : Chez les patients avec saignement actif massif ou syndrome coronarien aigu, la cible peut être plus élevée.
- Corriger la coagulopathie (PFC/Plaquettes) si l’INR > 1,5 ou les Plaquettes < 50 000/µL.
Étape 4 : Thérapie Médicale (Pré-endoscopie)
- Inhibiteur de la Pompe à Protons (IPP) IV : Pantoprazole 80 mg IV en bolus suivi d’une perfusion de 8 mg/h (ou doses intermittentes élevées).
- Prokinétiques : Érythromycine 250 mg IV (30-90 min avant l’endoscopie) pour vider l’estomac et améliorer la visualisation.
- Agents vasoactifs (si suspicion de varices) : Octréotide 50 mcg IV en bolus + 50 mcg/h en perfusion.
- Antibiotiques (si cirrhose présente) : Ceftriaxone 1g IV par jour (prophylaxie contre la PAB).
Investigation Diagnostique et Stratification du Risque
Résultats de Laboratoire
Une perle clé pour distinguer l’HDH de l’hémorragie digestive basse est le ratio Urée/Créatinine.
// Concept de formule médicale
if (Ratio_Uree / Creatinine > 30) {
Probabilite_HDH = "Élevée";
}
// Note : Ceci est dû à l'absorption des protéines sanguines dans l'intestin grêle.Scores de Stratification du Risque
Utilisez ces scores pour déterminer l’orientation (USI vs. Unité vs. Sortie).
- Score de Glasgow-Blatchford (SGB) : Utilise uniquement les données cliniques et de laboratoire (aucune endoscopie requise). Utile pour identifier les patients à faible risque pouvant être renvoyés à la maison.
- Score de Rockall : Inclut les résultats endoscopiques. Prédit le resaignement et la mortalité.
Stratégies de Traitement
La prise en charge diffère significativement selon l’étiologie.
Saignement Non-Variqueux
Ulcère Peptique et Autres
- Endoscopie (CSE) : Doit être réalisée dans les 24 heures suivant la présentation.
- Thérapie Endoscopique :
- Requise pour les stigmates à haut risque : saignement actif, vaisseau visible, ou caillot adhérent.
- Modalités : Injection d’épinéphrine (jamais en monothérapie) + Thérapie thermique (coagulation) ou Thérapie mécanique (clips).
- Soins Post-Endoscopie :
- IPP à forte dose : Continuer pendant 72 heures après l’endoscopie pour les lésions à haut risque.
- Dépistage de H. pylori : Biopsie lors de l’endoscopie. Traiter si positif (« Tester et Traiter »).
- Gestion des AINS : Arrêter les AINS. Si l’aspirine est pour la prévention secondaire cardiaque, la reprendre dans les 1 à 3 jours une fois l’hémostase assurée.
Lignes Directrices Canadiennes
Le Groupe de consensus de l’Association Canadienne de Gastro-entérologie (ACG) sur l’hémorragie digestive haute non-variqueuse fournit des recommandations clés pertinentes pour l’EACMC1.
- Moment de l’endoscopie : Dans les 24 heures pour la plupart des patients. Endoscopie urgente (<12 heures) pour les patients avec instabilité hémodynamique malgré la réanimation.
- Thérapie par IPP : Une thérapie par IPP à forte dose est recommandée pour les patients présentant des stigmates endoscopiques à haut risque.
- Transfusion : Une stratégie restrictive (Seuil < 70 g/L) est associée à une mortalité et à des taux de resaignement plus faibles par rapport aux stratégies libérales, sauf en cas d’hémorragie exsangue ou d’ischémie myocardique aiguë.
Points Clés à Retenir pour l’EACMC1
- Réanimation d’abord : Toujours stabiliser l’hémodynamique avant d’envoyer le patient à l’endoscopie.
- Lavage Nasogastrique (LNG) : Son utilisation de routine n’est pas recommandée pour le diagnostic ou le pronostic au Canada.
- Patients Cirrhotiques : Toute hémorragie digestive chez un cirrhotique est variqueuse jusqu’à preuve du contraire. Commencer l’Octréotide et les Antibiotiques immédiatement.
- Fistule Artério-entérique : L’envisager chez tout patient présentant un « saignement d’annonce » et des antécédents de réparation d’anévrisme de l’aorte abdominale (AAA).
- Planification de Sortie : Les patients avec un score de Glasgow-Blatchford de 0 à 1 peuvent être gérés en toute sécurité en ambulatoire.
Liste de Vérification d’Étude
- Mémoriser les signes hémodynamiques du choc.
- Réviser les caractéristiques distinctives du Méléna par rapport à l’Hématochezie.
- Comprendre le mécanisme et l’indication de l’Octréotide.
- Connaître la différence entre les seuils transfusionnels Restrictif vs. Libéral.
- Réviser les régimes d’éradication de H. pylori courants au Canada (Thérapie Quadruple).
Question d’Exemple
Scénario Clinique
Un homme de 52 ans se présente aux urgences avec des antécédents de 2 heures de vomissements de sang rouge vif. Il a des antécédents de toxicomanie à l’alcool et d’arthrose. À l’examen, il est diaphorétique et confus. Sa tension artérielle est de 80/50 mmHg et sa fréquence cardiaque est de 115 bpm. L’examen abdominal révèle une légère distension et une matité à la percussion. Deux voies intraveineuses de gros calibre sont établies.
Question
Laquelle des mesures suivantes est la plus appropriée comme prochaine étape immédiate dans la gestion ?
- A. Bolus intraveineux de pantoprazole 80 mg
- B. Endoscopie digestive haute urgente
- C. Perfusion d’un litre de fluide cristallöide
- D. Insertion d’un tube de Sengstaken-Blakemore
- E. Transfusion de 2 unités de globules rouges emballés O négatif
Explication
La bonne réponse est :
- C. Perfusion d’un litre de fluide cristallöide
Analyse Détaillée
- C est correct : Ce patient est en choc hypovolémique (Hypotension, Tachycardie, Altération de l’état mental). La priorité dans les ABC (Circulation) est la réanimation volémique immédiate pour restaurer la perfusion tissulaire. Les cristalloïdes sont le fluide de choix initial pendant que les produits sanguins sont préparés.
- A est incorrect : Bien que les IPP fassent partie de la prise en charge, ils ne priment pas sur la réanimation hémodynamique. Ils stabilisent le caillot après sa formation ou préviennent le resaignement, mais ils ne traitent pas le choc.
- B est incorrect : Envoyer un patient instable à l’endoscopie est dangereux. Le patient doit être réanimé au préalable. L’endoscopie est diagnostique et thérapeutique, mais elle suit la stabilisation.
- D est incorrect : Le tamponnement par ballonnet est une thérapie de sauvetage pour les saignements variqueux confirmés et incontrôlés par des moyens endoscopiques. Ce n’est pas une étape de réanimation initiale.
- E est incorrect : Bien qu’une transfusion sanguine sera probablement nécessaire, l’administration immédiate de fluides cristallöides est plus rapide à initier en attendant les produits sanguins (même le sang d’urgence prend quelques minutes). Dans le contexte de la « prochaine étape immédiate » après l’établissement de l’accès IV dans un état de choc, le démarrage des fluides est l’action initiale standard selon les protocoles ATLS/ACLS. Note : Dans un scénario de protocole de transfusion massive, le sang et les fluides sont souvent commencés simultanément, mais l’option C représente l’exigence physiologique fondamentale initiale.
Références
- Barkun AN, et al. Management of Nonvariceal Upper Gastrointestinal Bleeding: Guideline Recommendations From the International Consensus Group. Ann Intern Med. 2019.
- Toronto Notes 2024. Chapitre Gastro-entérologie : Hémorragie Digestive Haute.
- Tripathi D, et al. U.K. guidelines on the management of variceal haemorrhage in cirrhotic patients. Gut. 2015.
- Conseil médical du Canada. Objectifs de l’Examen de la Partie I de l’EACMC : Hémorragie Digestive Gastro-intestinale.
- Choisir avec soin Canada. Médecine transfusionnelle : Globules Rouges. Link