Diarrhée Chronique : Guide de préparation à l’EACMC1
Introduction
La diarrhée chronique est une présentation courante dans les soins primaires canadiens et en pratique gastroentérologique. Pour l’EACMC1, les candidats doivent démontrer leur capacité à distinguer les troubles fonctionnels (comme le syndrome de l’intestin irritable) des pathologies organiques (comme les maladies inflammatoires de l’intestin ou les tumeurs malignes).
Définition : La diarrhée chronique est définie comme le passage de selles molles ou liquides (types 6 ou 7 de l’échelle de Bristol) survenant 3 fois par jour et durant plus de 4 semaines.
Contexte Canadien : Le Canada présente l’un des taux d’incidence les plus élevés au monde pour les Maladies Inflammatoires de l’Intestin (MII) et la Maladie Cœliaque. Par conséquent, un indice de suspicion élevé pour ces affections est requis lors de l’évaluation de la diarrhée chronique dans la population canadienne.
Physiopathologie et Classification
Comprendre le mécanisme est crucial pour l’EACMC1, car cela oriente l’investigation et la prise en charge.
Osmotique
Diarrhée Osmotique
- Mécanisme : Des solutés mal absorbés retiennent l’eau dans la lumière intestinale.
- Caractéristique clé : La diarrhée cesse à jeun.
- Gradient osmotique fécal : Élevé (> 125 mOsm/kg).
- Exemples : Intolérance au lactose (courante dans de nombreuses populations immigrantes canadiennes), ingestion de magnésium (antiacides), sorbitol.
Calcul du Gradient Osmotique Fécal
Pour l’EACMC1, vous pourriez avoir à interpréter des valeurs d’électrolytes dans les selles.
- > 125 mOsm/kg : Suggère une diarrhée osmotique.
- < 50 mOsm/kg : Suggère une diarrhée sécrétoire.
Approche Clinique de la Diarrhée Chronique
Le Collège des médecins du Canada attend une approche par étapes pour les investigations, privilégiant la rentabilité et la sécurité du patient.
Histoire et Signes d’Alarme
🚩 Signes d’Alarme (Drapeaux Rouges)
La présence de ces signes nécessite une investigation urgente (habituellement coloscopie) pour exclure une tumeur maligne ou une MII sévère :
- Perte de poids involontaire
- Saignement rectal (hématochezie ou méléna)
- Diarrhée nocturne (se réveiller pour déféquer)
- Antécédents familiaux de cancer colorectal (CCR) ou de MII
- Début après 50 ans (risque de CCR accru)
- Anémie (carence en fer)
- Masse abdominale palpable ou lymphadénopathie
Examen Physique
- Général : État d’hydratation, IMC, pâleur (anémie).
- Abdomen : Masses, sensibilité, cicatrices chirurgicales (syndrome du grêle court).
- Rectal : Toucher rectal (TR) pour évaluer le tonus sphinctérien, les masses et le sang occulte.
- Manifestations Extra-intestinales (MII/Cœliaque) :
- Peau : Dermatite herpétiforme (Cœliaque), Érythème noueux/Pyoderma gangrenosum (MII).
- Yeux : Uvéite/Épisclérite.
- Articulations : Arthrite.
Algorithme Diagnostique
Étape 1 : Investigations de laboratoire initiales
Pour tous les patients atteints de diarrhée chronique.
- NFS : Anémie, leucocytose, thrombocytose (marqueur inflammatoire).
- CRP/VS : Marqueurs d’inflammation.
- Électrolytes, Créatinine, Urée : État d’hydratation et perturbations électrolytiques.
- Albumine : Malnutrition ou entéropathie exsudative.
- TSH : Hyperthyroïdie.
- Sérologie Cœliaque : Transglutaminase tissulaire IgA (tTG-IgA) + IgA totale (pour exclure une carence en IgA). Note : Le patient doit suivre un régime contenant du gluten pour garantir l’exactitude.
Étape 2 : Analyses des selles
Ciblées selon l’anamnèse.
- Toxine de C. difficile : En cas d’antibiothérapie récente ou d’hospitalisation.
- Œufs et Parasites (O&P) : En cas d’antécédents de voyage ou d’exposition à de l’eau non traitée (ex. : camping dans les Rocheuses canadiennes - Giardia).
- Calprotectine fécale : Très sensible pour l’inflammation intestinale ; aide à distinguer le SII de la MII.
Étape 3 : Évaluation endoscopique
Indiquée si des « Signes d’Alarme » sont présents, si les résultats initiaux sont anormaux, ou si les symptômes persistent malgré une prise en charge conservatrice.
- Coloscopie avec biopsie : Étalon-or pour la MII, la colite microscopique et le CCR.
- Gastroscopie avec biopsie duodénale : Étalon-or pour la maladie cœliaque et la maladie de Whipple.
Étape 4 : Tests spécialisés
Si le diagnostic reste difficile à établir.
- Graisse fécale sur 72 heures : Pour la malabsorption des graisses.
- Scintigraphie SeHCAT : Pour la malabsorption des acides biliaires (disponibilité limitée au Canada).
- Tests respiratoires : Pour la PBEIG ou l’intolérance au lactose.
Diagnostic Différentiel : Conditions Clés
Comparaison des affections à haut rendement pour l’EACMC1.
| Caractéristique | Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) | Maladie Inflammatoire de l’Intestin (MII) | Maladie Cœliaque | Colite Microscopique |
|---|---|---|---|---|
| Pathologie | Fonctionnel (Axe intestin-cerveau) | Auto-immune/Inflammatoire | Auto-immune (Gluten) | Inflammatoire (Lymphocytaire/Collagèneuse) |
| Démographie | Jeunes femmes > hommes | Bimodale (15-30 et 50-70 ans) | Tout âge, prédilection caucasienne | Femmes âgées (>50 ans) |
| Douleur | Soulagée par la défécation | Crampes, FID (Crohn) ou FIG (CU) | Ballonnements, inconfort | Généralement indolore |
| Selles | Mucus, molles, alternance avec constipation | Sanglantes, pus, nocturnes | Stéatorrhée, abondantes | Aqueuses, non sanglantes |
| Perte de Poids | Rare | Fréquente | Fréquente | Variable |
| Labo Clé | CRP normale, Calprotectine normale | CRP élevée, Calprotectine élevée | tTG-IgA positif | Coloscopie macroscopiquement normale |
| Diagnostic | Critères de Rome IV (diagnostic d’exclusion) | Coloscopie + Biopsie | Biopsie duodénale | Coloscopie + Biopsie (Aléatoire) |
Lignes Directrices et Prise en Charge Canadiennes
1. Maladie Cœliaque (Celiac Canada)
- Dépistage : Utiliser la tTG-IgA.
- Diagnostic : Nécessite une biopsie duodénale (classification de Marsh) confirmant l’atrophie villositaire.
- Prise en charge : Régime sans gluten (RSG) strict et à vie.
- Suivi : Surveiller les taux de tTG-IgA pour assurer la conformité au régime.
2. Syndrome de l’Intestin Irritable (Lignes directrices de l’ACG)
- Diagnostic : Diagnostic positif basé sur les Critères de Rome IV en l’absence de signes d’alarme. Ne pas trop investiguer.
- Douleur abdominale récurrente 1 jour/semaine au cours des 3 derniers mois, associée à 2 des critères suivants :
- Liée à la défécation.
- Modification de la fréquence des selles.
- Modification de la forme des selles.
- Douleur abdominale récurrente 1 jour/semaine au cours des 3 derniers mois, associée à 2 des critères suivants :
- Prise en charge :
- Régime : Régime pauvre en FODMAP (référer à une diététiste).
- Pharmacothérapie : Lopéramide (pour la diarrhée), Antispasmodiques (ex. : Pinaverium), antidépresseurs tricycliques (ATC) (à faible dose).
3. Dépistage du Cancer Colorectal (Groupe d’étude canadien)
- Risque standard : Test immunochimique fécal (TIF) tous les 2 ans pour les 50–74 ans.
- TIF anormal : Suivi par coloscopie.
- Symptomatique (Diarrhée chronique + Signes d’alarme) : Coloscopie diagnostique (contournement du dépistage).
Points Clés à Retenir pour l’EACMC1
Liste à haut rendement
- La diarrhée nocturne est presque toujours organique, et non fonctionnelle (les patients atteints du SII dorment toute la nuit).
- Giardia lamblia est une cause fréquente de diarrhée chronique au Canada (randonneurs, campeurs) et provoque stéatorrhée/ballonnements.
- La colite microscopique se manifeste par une diarrhée aqueuse chez les femmes âgées et nécessite des biopsies aléatoires car le côlon semble normal macroscopiquement.
- La calprotectine fécale est un test non invasif utile pour différencier le SII de la MII dans les soins primaires.
- Toujours vérifier les IgA totales lors de la demande de tTG-IgA pour exclure les faux négatifs dus à une carence en IgA.
Question d’Exemple
Scénario Clinique
Une femme de 32 ans consulte pour une histoire intermittente de selles molles, de ballonnements et de crampes abdominales depuis 6 mois. Elle note que les crampes sont souvent soulagées après une selle. Elle rapporte 3 à 4 selles molles par jour, généralement le matin et après les repas. Elle nie toute perte de poids, saignement rectal ou symptômes nocturnes. Ses antécédents médicaux sont sans particularité. Elle n’a aucun antécédent familial de cancer gastro-intestinal ou de maladie inflammatoire de l’intestin. L’examen physique révèle une légère sensibilité au niveau de l’abdomen inférieur, mais est par ailleurs normal. La numération globulaire complète (NGC) et la protéine C-réactive (CRP) sont dans les limites normales.
Question
Laquelle des mesures suivantes représente la prochaine étape la plus appropriée dans la prise en charge de cette patiente ?
- A. Référence pour une coloscopie immédiate
- B. Initiation d’un essai de régime sans gluten
- C. Prescription d’un essai d’antibiotiques pour une suspicion de prolifération bactérienne
- D. Dépistage de la maladie cœliaque avec la transglutaminase tissulaire IgA (tTG-IgA)
- E. Demande d’un scan TDM de l’abdomen et du pelvis
Explication
La bonne réponse est :
- D. Dépistage de la maladie cœliaque avec la transglutaminase tissulaire IgA (tTG-IgA)
Explication Détaillée :
Cette patiente présente des symptômes fortement suggestifs du Syndrome de l’Intestin Irritable (SII) (douleur abdominale chronique liée à la défécation, modification de la fréquence/forme des selles, absence de signes d’alarme). Cependant, les lignes directrices actuelles de l’Association Canadienne de Gastroentérologie (ACG) recommandent d’exclure la Maladie Cœliaque chez les patients suspectés de SII-D (SII avec diarrhée), car les symptômes se chevauchent considérablement. La maladie cœliaque est fréquente au Canada (environ 1 % de prévalence).
- Option A : La coloscopie n’est pas indiquée comme première étape car elle est jeune (< 50 ans), n’a pas de « Signes d’Alarme » (pas de perte de poids, de sang, de symptômes nocturnes ou d’antécédents familiaux), et ses marqueurs inflammatoires sont normaux.
- Option B : Commencer un régime sans gluten avant le dépistage est incorrect, car cela normalisera la sérologie et l’histologie, rendant un diagnostic définitif de maladie cœliaque impossible plus tard sans provocation par le gluten.
- Option C : Les antibiotiques ne sont pas le traitement de première ligne en l’absence de preuve d’infection ou de SIBO, et l’intendance des antibiotiques est un concept clé dans la pratique canadienne.
- Option E : L’imagerie par TDM n’est pas indiquée pour des symptômes de SII non compliqués sans signes d’alarme ; elle expose inutilement le patient aux radiations.
Par conséquent, le dépistage sérologique de la maladie cœliaque est l’étape la plus appropriée fondée sur des preuves avant d’établir un diagnostic positif de SII.
Références
- Association Canadienne de Gastroentérologie (ACG). Ligne directrice de pratique clinique sur la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable (SII). https://www.cag-acg.org
- Celiac Canada. Lignes directrices de diagnostic et de prise en charge. https://www.celiac.ca
- Collège des médecins du Canada. Objectifs de l’Examen de la Partie I de l’EACMC : Diarrhée. https://mcc.ca
- Uptodate. Approche de l’adulte atteint de diarrhée chronique dans les milieux riches en ressources.
- Groupe d’étude canadien sur la médecine préventive. Lignes directrices sur le dépistage du cancer colorectal. https://canadiantaskforce.ca