Constipation chez l’adulte : Guide de préparation à l’EACMC1
Introduction
La constipation est un motif de consultation gastro-intestinal fréquent au Canada, touchant approximativement 15 % à 30 % de la population adulte. Pour la préparation à l’EACMC1, il est crucial de différencier la constipation fonctionnelle de la constipation secondaire à une pathologie organique ou à une pharmacothérapie.
Le Conseil médical du Canada (CMC) s’attend à ce que les candidats démontrent une approche rationnelle du diagnostic et de la prise en charge de la constipation, en appliquant le cadre CanMEDS — particulièrement les rôles d’Expert médical et d’Agent de promotion de la santé — pour aborder les facteurs liés au mode de vie et les exigences de dépistage.
Définition : La constipation est généralement définie par les critères de Rome IV, qui incluent moins de trois selles spontanées par semaine, des efforts de poussée, des selles dures ou en fragments, une sensation d’évacuation incomplète, une sensation d’obstruction anorectale, ou des manœuvres manuelles pour faciliter la défécation.
Étiologie et physiopathologie
Comprendre la cause sous-jacente est la première étape du raisonnement clinique pour l’EACMC1. Les causes sont largement classées en primaires (fonctionnelles) et secondaires.
Causes primaires
Constipation primaire (fonctionnelle) :
- Constipation à transit normal : La plus fréquente. Le transit des selles se fait à une vitesse normale, mais les patients perçoivent une difficulté.
- Constipation à transit lent : Temps de transit prolongé à travers le côlon (inertielle).
- Troubles de la défécation : Dyssynergie du plancher pelvien (incapacité des muscles du plancher pelvien à se relâcher) ou problèmes structurels (rectocèle).
Évaluation clinique
L’objectif de l’évaluation est d’écarter les causes organiques (surtout la malignité) et d’identifier les troubles fonctionnels.
1. Anamnèse (CanMEDS Communicateur)
Concentrez-vous sur la nature des symptômes, la durée et les caractéristiques associées.
- Caractère : Fréquence, consistance (utiliser l’Échelle de selles de Bristol), efforts de poussée, besoin de délogement digital.
- Alimentation/Mode de vie : Apport en fibres, apport hydrique, niveau d’activité physique.
- Revue des médicaments : Examiner tous les médicaments sur ordonnance et en vente libre (surtout les changements récents).
🚩 Signaux d’alarme (Caractéristiques d’alerte)
La présence de ces caractéristiques nécessite une investigation structurelle (généralement une coloscopie) pour écarter un cancer colorectal ou une maladie inflammatoire de l’intestin (MII) :
- Âge > 50 ans avec constipation d’apparition récente (lignes directrices canadiennes de dépistage)
- Perte de poids involontaire (>5 % du poids corporel)
- Hématochezie (saignement rectal) ou Méléna
- Antécédents familiaux de cancer colorectal (CCR) ou de MII
- Anémie ferriprive
- Test immunochimique fécal (TIF) positif
- Symptômes nocturnes
2. Examen physique
- Examen abdominal : Distension, masses, bruits intestinaux, sensibilité.
- Toucher rectal (TR) : Obligatoire dans l’investigation de la constipation. Évaluer :
- Tonicité anale (au repos et à la contraction)
- Masse, hémorroïdes, fissures
- Selles dans la voûte rectale (impaction fécale)
- Sang macroscopique
Approche diagnostique
Pour l’EACMC1, respectez les recommandations de Choisir avec soin Canada : n’investiguez pas à l’excès les jeunes patients sans signes d’alarme.
Étape 1 : Évaluation initiale
Effectuer l’anamnèse et l’examen physique (incluant le TR). Identifier les signes d’alarme.
Étape 2 : Investigations en laboratoire
Si indiqué (ex. : apparition aiguë, personnes âgées, symptômes systémiques) :
- NFS : Pour écarter une anémie/infection.
- Électrolytes et Calcium : Pour écarter des causes métaboliques.
- TSH : Pour écarter une hypothyroïdie.
- Glycémie/HbA1c : Pour écarter le diabète.
Étape 3 : Imagerie structurelle
Si des signes d’alarme sont présents ou si l’âge est > 50 ans (âge > 45 ans dans certaines lignes directrices plus récentes, mais s’en tenir aux protocoles de dépistage canadiens standards de 50 ans, sauf indication contraire) :
- Coloscopie : Étalon-or pour la visualisation.
- Coloscopie virtuelle (CT-coloscopie) : Alternative si la coloscopie est incomplète ou contre-indiquée.
Étape 4 : Tests physiologiques
Réservés à la constipation réfractaire (niveau spécialiste) :
- Manométrie anorectale (pour la dyssynergie du plancher pelvien).
- Test d’expulsion du ballonnet.
- Étude du transit colique (marqueurs de selles).
Stratégies de prise en charge
La prise en charge doit être progressive. Mettez l’accent sur les interventions non pharmacologiques en premier lieu, conformément au rôle d’Agent de promotion de la santé.
Prise en charge non pharmacologique
- Éducation du patient : Rassurer concernant les habitudes intestinales normales.
- Fibres alimentaires : Augmenter progressivement jusqu’à 25–30 g/jour (ex. : son, psyllium).
- Hydratation : Assurer un apport hydrique adéquat.
- Activité physique : Encouragée, bien que les preuves soient variables.
- Entraînement aux toilettes : Défécation postprandiale (utilisant le réflexe gastrocolique).
Prise en charge pharmacologique
Si les modifications du mode de vie échouent, introduire des laxatifs.
| Classe | Mécanisme | Exemples (Contexte canadien) | Notes cliniques |
|---|---|---|---|
| Gonflants | Absorbent l’eau, augmentent la masse des selles | Psyllium (Metamucil), Méthylcellulose, Polycarbophile de calcium | Première ligne. Nécessite une hydratation adéquate. Éviter en cas d’obstruction. |
| Osmotiques | Retiennent l’eau dans la lumière par osmose | Polyéthylène glycol (RestoraLAX, PEG 3350), Lactulose, Hydroxyde de magnésium | Le PEG est souvent préféré pour la constipation chronique en raison de son efficacité et de sa tolérance. |
| Stimulants | Stimulent les nerfs entériques/la contraction musculaire | Séné (Senokot), Bisacodyl (Dulcolax) | Efficace pour la constipation induite par les opioïdes. Utiliser avec prudence à long terme (bien que les préoccupations concernant l’« intestin paresseux » soient débattues). |
| Adoucissants | Diminuent la tension superficielle, permettant la pénétration de l’eau | Docusate de sodium (Colace) | Généralement moins efficaces en monothérapie. Souvent utilisés après un infarctus du myocarde ou une chirurgie pour prévenir les efforts. |
| Prokinétiques | Agonistes des récepteurs 5-HT4 | Prucalopride (Resotran) | Réservé aux femmes atteintes de constipation idiopathique chronique n’ayant pas répondu aux autres traitements. |
| Sécrétagogues | Augmentent la sécrétion de chlorure/fluide | Linaclotide (Constella) | Utilisé pour le SCI-C et la constipation idiopathique chronique. |
Lignes directrices canadiennes
Association canadienne de gastro-entérologie (ACG) et Choisir avec soin
- Ne pas effectuer de coloscopie pour la constipation chez les patients de moins de 50 ans sans signes d’alarme ni antécédents familiaux.
- Constipation induite par les opioïdes (CIO) : Des laxatifs prophylactiques (généralement un stimulant +/- un osmotique) doivent être instaurés lors du début d’un traitement chronique par opioïdes.
- Dépistage du cancer colorectal :
- Risque moyen : Commencer à 50 ans avec un TIF (Test immunochimique fécal) tous les 2 ans OU une sigmoïdoscopie flexible tous les 10 ans.
- Note : La coloscopie est le test diagnostique pour les résultats positifs ou les patients symptomatiques (comme ceux présentant une constipation + des signes d’alarme).
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Le TR est essentiel : Ne sautez jamais le toucher rectal dans un scénario d’investigation de la constipation.
- Constipation d’apparition récente chez la personne âgée : Une constipation d’apparition récente chez un patient de plus de 50 ans est un cancer jusqu’à preuve du contraire (nécessite une coloscopie).
- Revue des médicaments : Vérifiez toujours les bloqueurs des canaux calciques (Vérapamil) et les opioïdes.
- Hypothyroïdie : Une cause « cachée » classique dans les questions d’examen; vérifiez la TSH.
- Diarrhée d’engorgement : Chez les personnes âgées, institutionnalisées, la « diarrhée » peut en fait être une impaction fécale avec débordement. Traitez l’impaction, pas la diarrhée (évitez les antidiarrhéiques).
- Dyssynergie : Envisagez la physiothérapie du plancher pelvien (biofeedback) pour les troubles de la défécation.
Question d’exemple
Scénario Un homme de 68 ans consulte son médecin de famille pour une constipation qui s’aggrave depuis 3 mois. Il rapporte n’avoir eu de selles qu’une fois tous les 4 à 5 jours, et les selles sont dures et difficiles à évacuer. Il a noté une perte de poids involontaire de 4 kg au cours de la même période. Ses antécédents médicaux comprennent l’hypertension et l’arthrose. Les médicaments comprennent l’Amlodipine et l’Acétaminophène. L’examen physique révèle un abdomen souple, non sensible. Le toucher rectal ne montre aucune masse, mais la voûte rectale est vide. Il y a une trace de sang sur le gant d’examen.
Quelle est la prochaine étape de prise en charge la plus appropriée ?
- A. Rassurer le patient et prescrire un laxatif gonflant
- B. Remplacer l’Amlodipine par un inhibiteur de l’ECA
- C. Référence pour une coloscopie
- D. Commander une tomodensitométrie abdominale
- E. Commander un dosage de TSH sérique
Explication
La bonne réponse est :
- C. Référence pour une coloscopie
Explication : Ce patient présente une constipation d’apparition récente à 68 ans, associée à des signes d’alarme (perte de poids involontaire et saignement rectal positif au TR). Selon les lignes directrices canadiennes, ces résultats soulèvent la suspicion d’un cancer colorectal ou d’une autre pathologie structurelle. Par conséquent, la visualisation structurelle du côlon par coloscopie est l’étape diagnostique obligatoire suivante.
- Option A est incorrecte. Bien que les laxatifs gonflants soient de première ligne pour la constipation fonctionnelle, ce patient présente des signes d’alarme nécessitant une investigation avant un traitement symptomatique seul.
- Option B est incorrecte. Bien que les bloqueurs des canaux calciques comme l’Amlodipine puissent causer de la constipation, la présence de perte de poids et de saignement rectal oriente vers une cause organique plutôt que vers un simple effet secondaire médicamenteux. La modification du médicament ne répond pas au besoin d’écarter une malignité.
- Option D est incorrecte. Bien qu’un scanner puisse visualiser l’abdomen, il n’est pas l’étalon-or pour la visualisation de la muqueuse ou la biopsie de lésions coliques. La coloscopie est le test diagnostique privilégié initialement.
- Option E est incorrecte. L’hypothyroïdie peut causer de la constipation, mais elle ne provoque généralement pas de saignement rectal, et son exclusion n’annule pas la nécessité d’enquêter sur les symptômes d’alarme.
Références
- Association canadienne de gastro-entérologie. Lignes directrices de pratique clinique.
- Notes de Toronto 2024. Chapitre Gastro-entérologie : Constipation.
- Choisir avec soin Canada. Recommandations en gastro-entérologie.
- Longstreth GF, et al. Troubles fonctionnels intestinaux. Gastroenterology. 2016 (Critères de Rome IV).
- Conseil médical du Canada. Objectifs de l’examen de qualification, partie I.