Douleur Abdominale Aiguë
Introduction
La douleur abdominale aiguë est un sujet fondamental pour l’EACMC1 et une présentation fréquente dans les salles d’urgence canadiennes. En tant que candidat, vous devez démontrer le rôle d’Expert Médical CanMEDS en différenciant les affections auto-limitées des urgences chirurgicales potentiellement mortelles (l’« Abdomen Chirurgical »).
Pour la préparation à l’EACMC1, concentrez-vous sur le « patient non différencié ». On s’attend à ce que vous recueilliez efficacement des données, formuliez un diagnostic différentiel basé sur l’anatomie et l’épidémiologie, et choisissiez des investigations à haute valeur conformément à Choisir avec Sagesse Canada.
Concept Critique : L’objectif principal dans l’évaluation initiale de la douleur abdominale aiguë n’est pas nécessairement d’identifier immédiatement la pathologie exacte, mais de décider : Ce patient est-il stable ? Nécessite-t-il une intervention chirurgicale urgente ?
Approche Clinique : Anamnèse et Examen Physique
Prise d’Anamnèse
Une anamnèse approfondie est l’outil le plus puissant à votre disposition. Utilisez le mnémonique SOCRATES pour caractériser la douleur.
Questions Essentielles d’Anamnèse (Liste de contrôle EACMC1)
- Localisation : Où a-t-elle commencé ? A-t-elle migré ? (ex. Appendicite)
- Début : Soudain (Perforation, Ischémie, Rupture) vs. Graduel (Inflammation).
- Symptômes Associés : Nausées, vomissements (bilieux vs. non bilieux), habitudes intestinales (constipation/obstipation vs. diarrhée), symptômes urinaires.
- Antécédents Gynécologiques : DMP (Dernières Règles), histoire sexuelle, contraception (Éliminer une Grossesse Extra-Utérine chez toutes les femmes en âge de procréer).
- Antécédents Médicaux : Chirurgies antérieures (Adhérences), maladies vasculaires (Ischémie), consommation d’AINS (UAP).
Examen Physique
L’examen physique doit être systématique. Évitez l’erreur du débutant qui consiste à palper la zone douloureuse en premier.
Inspection
Recherchez des cicatrices (chirurgie antérieure), une distension (obstruction/ascite), des masses ou des signes de détresse systémique (pâleur, diaphorèse).
Auscultation
Écoutez les bruits intestinaux avant la palpation.
- Absents : Iléus ou péritonite tardive.
- Aigus/Tintements : Obstruction mécanique précoce.
- Souffles : Sténose de l’artère rénale ou anévrisme de l’aorte abdominale (AAA).
Percussion
Évaluez le tympanisme (gaz/distension) par rapport à la matité (masse/ascite).
- Douleur à la percussion est un signe de péritonite plus subtil et plus précis que la palpation profonde avec relâchement brusque (douleur de rebond).
Palpation
Commencez loin du site de la douleur. Évaluez :
- Contracture : Volontaire (le patient se raidit) vs. Involontaire (rigidité musculaire = péritonite).
- Masses : Pulsatile (AAA) ou inflammatoire (abcès).
- Signes Spécifiques : Signe de Murphy (QSD), douleur au point de McBurney (QID).
Diagnostic Différentiel par Quadrant
Pour l’EACMC1, la catégorisation des diagnostics différentiels par anatomie est la stratégie la plus efficace.
QSD
Quadrant Supérieur Droit (QSD)
- Biliaire : Colique biliaire, Cholécystite aiguë, Cholangite aiguë (Triade de Charcot).
- Hépatique : Hépatite, Abcès hépatique.
- Pulmonaire : Pneumonie du lobe inférieur droit (douleur référée).
- Rénal : Lithiase rénale, Pyélonéphrite.
Drapeaux Rouges pour l’Abdomen Chirurgical
Identifiez-les immédiatement.
Instabilité Hémodynamique
Hypotension + Tachycardie suggère un choc (Hémorragique ou Septique).
Signes Péritonéaux
Contracture, défense involontaire, douleur à la percussion.
Masse Pulsatile
Suggère un AAA. Ne pas palper agressivement.
Douleur Disproportionnée
Classique de l’ischémie mésentérique, surtout chez les personnes âgées avec FA.
Investigations
Les investigations doivent être ciblées. Dans le contexte canadien, la gérance des ressources est vitale.
Analyses de Laboratoire
| Test | Justification pour l’EACMC1 |
|---|---|
| NFS | Leucocytose (inflammation/infection), Anémie (perte de sang). |
| Électrolytes, Urée, Créatinine | Déshydratation, fonction rénale (nécessaire pour le contraste TDM). |
| Lipase | Spécifique pour la Pancréatite (l’Amylase est moins spécifique). |
| Enzymes Hépatiques (ASAT/ALAT/ALP/Bili) | Pathologie biliaire. |
| Bêta-hCG (Urine/Sérum) | OBLIGATOIRE pour toutes les femmes en âge de procréer. |
| Lactate | Marqueur d’ischémie ou de septicémie. |
| Sédiment Urinaire | ITU, Hématurie (calculs). |
Lignes Directrices en Imagerie (Contexte Canadien)
Le choix de l’imagerie dépend du diagnostic différentiel et de la stabilité du patient.
-
Radiographie de l’Abdomen (RA) :
- Indications : Suspicion d’obstruction (niveaux hydroaériques), perforation (air libre sous le diaphragme), corps étranger.
- Limitation : Faible sensibilité pour la plupart des autres pathologies.
-
Échographie (Écho) :
- Première ligne : Pathologie biliaire (QSD), Pathologie pelvienne (Gynéco), Appendicite (chez les enfants/femmes enceintes).
- Écho au Point de Service (POCUS) : Essentielle aux urgences pour détecter un AAA ou du liquide libre (FAST).
-
Tomodensitométrie (TDM) Abdomino-Pelvienne :
- Norme de référence : Appendicite (adultes), Diverticulite, Ischémie, Pancréatite, Obstruction.
- Note : Utiliser un contraste IV pour la plupart des douleurs abdominales, sauf si l’on recherche des calculs (TDM réno-vésicale).
Choisir avec Sagesse Canada : Ne pas demander de TDM pour une suspicion d’appendicite chez les enfants avant d’avoir envisagé ou effectué une échographie, afin de minimiser l’exposition aux radiations.
Principes de Prise en Charge
Stabilisation Initiale
Suivez le protocole ABCDE.
- Accès IV : 2 voies IV de gros calibre si instable.
- Fluides : Ringer Lactate ou Saline Normale.
- NPO : Maintenir le patient « à jeun » jusqu’à la décision chirurgicale.
Analgésie
Mythe Démystifié : Administrer des analgésiques (ex. Morphine, Fentanyl) ne masque PAS les signes péritonéaux et ne retarde PAS le diagnostic. L’analgésie précoce est la norme de soins au Canada.
Prise en Charge Spécifique
- Consultation Chirurgicale : Pour appendicite, cholécystite, perforation, obstruction, ischémie.
- Antibiotiques : Spectre large (ex. Céfazoline + Métronidazole ou Pip/Tazo) si septicémie ou perforation suspectée.
Points Clés à Retenir pour l’EACMC1
- Grossesse Extra-Utérine : Toujours la première chose à éliminer chez une femme en âge de procréer présentant une douleur abdominale.
- Personnes Âgées : Se présentent souvent de manière atypique. Elles peuvent avoir un « abdomen silencieux » (absence de défense) même en cas de pathologie grave comme une perforation. Avoir un seuil bas pour demander une TDM.
- Ischémie Mésentérique : Soupçonner chez les patients avec Fibrillation Auriculaire ou maladie vasculaire qui présentent une douleur intense mais un examen physique « bénin ».
- ACD : Peut se présenter avec une douleur abdominale diffuse et des vomissements, mimant un abdomen chirurgical (surtout chez les enfants). Vérifier la glycémie/cétones.
- Douleur Référée : Se souvenir que l’IDM (inférieur) et la Pneumonie (lobe inférieur) peuvent se présenter comme une douleur abdominale.
Question d’Exemple
Présentation de Cas
Une femme de 26 ans se présente aux urgences avec une histoire de douleur abdominale évoluant depuis 12 heures. La douleur a commencé périombilicalement et a maintenant migré vers le quadrant inférieur droit. Elle rapporte des nausées et de l’anorexie associées, mais pas de vomissements. Ses dernières règles remontent à 4 semaines. Elle est sexuellement active et utilise des préservatifs de manière intermittente.
À l’examen, elle est afébrile (37,2 °C), FC 88 bpm, TA 118/76 mmHg. Il y a une sensibilité au point de McBurney avec défense volontaire.
Question
Laquelle des investigations diagnostiques initiales suivantes est la plus appropriée ?
- A. Tomodensitométrie (TDM) de l’abdomen et du pelvis
- B. Échographie abdominale
- C. Test de Bêta-hCG urinaire
- D. Laparoscopie diagnostique
- E. Radiographie abdominale simple
Explication
La bonne réponse est :
- C. Test de Bêta-hCG urinaire
Explication Détaillée : Chez toute femme en âge de procréer présentant une douleur abdominale, l’étape initiale la plus critique est d’exclure une grossesse afin d’écarter une grossesse extra-utérine, qui est une urgence vitale. Bien que le tableau clinique soit classique de l’appendicite (douleur migratoire, anorexie, sensibilité QID), une grossesse extra-utérine peut parfaitement imiter ces symptômes. De plus, le statut de grossesse dicte les choix d’imagerie (éviter les radiations/TDM si enceinte).
- Option A (TDM) : Bien que la TDM soit très sensible pour l’appendicite, elle implique des radiations et est contre-indiquée tant que la grossesse n’est pas écartée.
- Option B (Échographie) : Ce serait la modalité d’imagerie de choix après que le statut de grossesse soit établi ou si la patiente est enceinte/pédiatrique. Cependant, le bêta-hCG est le test de dépistage initial requis.
- Option D (Laparoscopie) : C’est une procédure invasive, réservée au traitement ou lorsque le diagnostic reste incertain après l’imagerie.
- Option E (Radiographie) : Faible rendement pour l’appendicite ou la grossesse extra-utérine.
Lignes Directrices et Ressources Canadiennes
- Choisir avec Sagesse Canada : Lignes directrices sur l’imagerie pour l’appendicite et les douleurs lombaires.
- Association Canadienne de Gastroentérologie (ACG) : Lignes directrices de pratique clinique pour la prise en charge de diverses affections gastro-intestinales.
- Lignes directrices de la SOGC : Pour la prise en charge de la grossesse extra-utérine et de la douleur pelvienne aiguë.
Références
- Conseil médical du Canada. (s.d.). Objectifs de l’examen de compétences Partie I. Récupéré de mcc.ca
- Choisir avec Sagesse Canada. (2023). Médecine d’Urgence : Dix choses que les médecins et les patients devraient remettre en question.
- Dubin, J., et al. (2022). Diagnostic et prise en charge de l’appendicite aiguë. Revue Canadienne de Médecine d’Urgence.
- Tintinalli, J. E., et al. (2020). Tintinalli’s Emergency Medicine: A Comprehensive Study Guide (9e éd.). McGraw-Hill Education.