Palpitations : Guide de préparation à l’EACMC1
Orientation CanMEDS
Expert médical : Différencier les causes bénignes et potentiellement mortelles des palpitations.<br/> Communicateur : Recueillir efficacement l’anamnèse concernant la fréquence et les déclencheurs.<br/> Défenseur des patients : Discuter des modifications du mode de vie (caféine, alcool) et de la sécurité au volant.
Introduction
Les palpitations sont définies comme la conscience désagréable des battements cardiaques, qu’ils soient forcés, rapides ou irréguliers. C’est un motif de consultation fréquent dans les soins primaires et les urgences au Canada. Pour l’EACMC1, les candidats doivent démontrer une approche structurée pour différencier les étiologies cardiaques (arythmiques/structurelles), psychiatriques et métaboliques.
Aperçu EACMC1 : Bien que de nombreux cas soient bénins, l’objectif principal est d’écarter les arythmies potentiellement mortelles ou les cardiopathies structurelles. Évaluez toujours d’abord la stabilité hémodynamique.
Étiologie et diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel des palpitations est vaste. Un cadre utile pour la préparation à l’EACMC1 consiste à catégoriser par système.
Cardiaque (Arythmique)
- Supraventriculaires :
- Fibrillation auriculaire (FA) / Flutter auriculaire
- Tachycardie supraventriculaire (TSV)
- Extrasystoles auriculaires (ESA)
- Ventricularies :
- Extrasystoles ventriculaires (ESV)
- Tachycardie ventriculaire (TV) - Potentiellement mortelle
- Fibrillation ventriculaire (FV)
- Bradyarythmies :
- Syndrome de dysfonctionnement sinusal
- Bloc auriculo-ventriculaire (BAV) de haut degré
Évaluation clinique
Interrogatoire (Anamnèse)
Un interrogatoire détaillé est l’outil diagnostique le plus important. Utilisez le mnémonique OPQRST adapté aux palpitations.
- Début : Soudain (TSV) vs. Graduel (Tachycardie sinusale).
- Provocation/Palliative : Exercice (Ischémie/COH), changements de position (Orthostatisme), postprandial (Vagal).
- Qualité : « Sauter » (ESV/ESA), « Papillotement » (FA), « Battements dans le cou » (Ondes A de canon dans l’AVNRT).
- Irradiation : Non applicable, mais demandez l’irradiation de la douleur thoracique.
- Sévérité : Impact sur la vie quotidienne.
- Moment : Durée et fréquence.
Signaux d’alarme (À écarter impérativement)
⚠️ Signaux d’alarme EACMC1
- Syncope ou présyncope : Suggère un compromis hémodynamique ou une arythmie maligne.
- Antécédents familiaux de mort subite cardiaque (MSC) : Penser à COH, Syndrome du QT long, Brugada.
- Palpitations à l’effort : Suggère une ischémie, une COH ou une TV catécholaminergique.
- Antécédents de cardiopathie structurelle : Antécédent d’infarctus du myocarde (IM), insuffisance cardiaque.
Examen physique
Effectuer un examen ciblé à la recherche de signes de cardiopathie structurelle ou de causes systémiques.
- Constantes vitales : Pouls (fréquence, rythme), TA (vérifier l’orthostatisme), saturation en O2.
- Cou : Pression veineuse jugulaire (PVJ) (élevée en cas d’IC), ondes A de canon (dissociation AV), hypertrophie thyroïdienne/souffle.
- Cardiaque :
- Déplacement du PMI (Cardiomyopathie).
- Souffles (COH : systolique crescendo-décroissant, augmente avec Valsalva ; PVM : clic mésosystolique).
- Respiratoire : Crépitants (Insuffisance cardiaque).
- Extrémités : Œdème, tremblements (Hyperthyroïdie), marques de piqûres (toxicomanie).
Approche diagnostique
Pour l’EACMC1, connaître l’ordre correct des investigations est crucial. Suivez cet algorithme :
Étape 1 : ECG 12 dérivations
Le test initial et le plus important pour tous les patients présentant des palpitations.
- Rechercher : Pré-excitation (Ondes Delta - WPW), QT long, HVG, signes d’IM antérieur, arythmie aiguë.
- Note : Un ECG de repos normal n’exclut pas les arythmies paroxystiques.
Étape 2 : Bilan sanguin
Adapter selon l’anamnèse, mais le dépistage standard comprend :
- NFS : Écarter anémie/infection.
- Électrolytes : K+, Mg2+, Ca2+.
- TSH : Écarter hyperthyroïdie (CanMEDS : Intendance des ressources - ne pas demander de T4 libre si la TSH est normale).
- Glycémie : Hypoglycémie.
Étape 3 : Surveillance ambulatoire
Si l’ECG de repos n’est pas concluant et que les symptômes sont paroxystiques. Le choix dépend de la fréquence :
| Fréquence des symptômes | Test recommandé | Contexte canadien |
|---|---|---|
| Quotidienne | Holter 24-48 heures | Première ligne standard pour les symptômes fréquents. |
| Hebdomadaire / Mensuelle | Enregistreur d’événements (ELR) | Le patient active l’appareil lors des symptômes. |
| Très rare (mensuelle) | Enregistreur d’événements implantable (ILR) | Dispositif sous-cutané ; autonomie de plusieurs années. |
Étape 4 : Échocardiogramme
Indiqué si :
- Examen physique cardiaque anormal (souffle).
- Antécédents de cardiopathie structurelle.
- ECG anormal suggérant des problèmes structurels (BBHG, ondes Q).
- Antécédents familiaux de MSC.
Lignes directrices canadiennes et prise en charge
Fibrillation auriculaire (Lignes directrices de la SCC)
Les lignes directrices de la Société Canadienne de Cardiologie (SCC) sont à haut rendement pour l’EACMC1.
- « Algorithme SCC » pour la FA :
- Évaluer le risque thromboembolique : Utiliser CHADS-65 (Modification canadienne du CHADS2-Vasc).
- Âge 65 OU Antécédent d’AVC/AIT OU Hypertension, Diabète ou IC ?
- Si Oui -> Anticoagulation orale (AOD préférés à la Warfarine, sauf valve mécanique/sténose mitrale sévère).
- Gestion des symptômes : Contrôle de la fréquence (Bêta-bloquants, inhibiteurs calciques) vs. Contrôle du rythme (Cardioversion, Antiarythmiques, Ablation).
- Évaluer le risque thromboembolique : Utiliser CHADS-65 (Modification canadienne du CHADS2-Vasc).
Restrictions de conduite (Guide du conducteur de l’ACM)
Au Canada, les médecins ont le devoir de signaler les conditions médicales qui affectent la conduite.
- Syncope + Palpitations : La conduite privée est généralement suspendue jusqu’à ce que la cause soit identifiée et traitée.
- Tachycardie ventriculaire : Des restrictions strictes s’appliquent en fonction de la cause sous-jacente et de l’efficacité du traitement.
Astuce d’examen : Envisagez toujours le « conseil sur l’arrêt de la conduite » comme une étape de gestion immédiate pour les patients présentant des palpitations accompagnées de syncope ou de présyncope.
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Cause la plus fréquente : En soins primaires, les causes les plus fréquentes sont psychiatriques (anxiété) ou des ectopies bénignes (ESV/ESA), mais les causes cardiaques doivent être écartées.
- Manœuvres vagales : La manœuvre de Valsalva ou le massage sino-carotidien peuvent terminer une TSV (AVNRT).
- Adénosine : Le médicament de première ligne pour la tachycardie stable à complexes étroits (TSV) non réceptive aux manœuvres vagales.
- Patient instable : Si un patient avec des palpitations est hypotendu, présente des douleurs thoraciques ou un état mental altéré -> Cardioversion électrique synchronisée.
- Thyroïde : Toujours vérifier la TSH lors d’une Fibrillation Auriculaire d’apparition récente.
Abréviations courantes
FA : Fibrillation Auriculaire
TSV : Tachycardie Supraventriculaire
WPW : Syndrome de Wolff-Parkinson-White
COH : Cardiomyopathie Obstructive Hypertrophique
ESV : Extrasystole Ventriculaire
SCC : Société Canadienne de Cardiologie
CHADS : Congestive HF, Hypertension, Age, Diabetes, Stroke (IC, HTA, Âge, Diabète, AVC)Question d’exemple
Scénario clinique
Une femme de 55 ans se présente aux urgences avec des palpitations rapides, une dyspnée et des étourdissements depuis 2 heures. Elle n’a pas d’antécédents médicaux significatifs. Constantes vitales :
- Fréquence cardiaque : 160 bpm (régulière)
- Pression artérielle : 85/50 mmHg
- Fréquence respiratoire : 24/min
- Saturation O2 : 92% à l’air ambiant
L’examen physique révèle des extrémités froides et des crépitants bibasaux. Un moniteur ECG montre une tachycardie régulière à complexes étroits. Les manœuvres vagales ont été tentées sans succès.
Laquelle des mesures suivantes est la plus appropriée comme étape de gestion immédiate ?
Options
- A. Poussée intraveineuse d’adénosine 6 mg
- B. Poussée intraveineuse de métoprolol 5 mg
- C. Cardioversion électrique synchronisée
- D. Perfusion intraveineuse d’amiodarone
- E. Défibrillation (non synchronisée)
Explication
La bonne réponse est :
- C. Cardioversion électrique synchronisée
Analyse détaillée
Cette question teste la gestion des tachyarythmies instables, un concept critique pour l’EACMC1 et les protocoles de réanimation cardiorespiratoire avancée (RCRa).
-
Identifier la stabilité : La patiente est instable. Les signes d’instabilité comprennent :
- Hypotension (TA 85/50)
- Signes de choc (extrémités froides)
- Signes d’insuffisance cardiaque (crépitants bibasaux, hypoxémie)
- Altération de l’état mental (les étourdissements sont un précurseur, mais l’hypotension dicte l’action).
-
Identification du rythme : La patiente présente une tachycardie régulière à complexes étroits (probablement TSV ou Flutter auriculaire).
-
Décision de gestion :
- TSV stable : Manœuvres vagales -> Adénosine -> Bêta-bloquants/Inhibiteurs calciques.
- Tachycardie instable (avec pouls) : Cardioversion synchronisée.
- TV sans pouls/FV : Défibrillation (Non synchronisée).
- Pourquoi C est correct : Selon les lignes directrices de la RCRa, les patients instables avec un pouls et une tachyarythmie nécessitent une cardioversion électrique synchronisée immédiate.
- Pourquoi A est incorrect : L’adénosine est le traitement de choix pour la TSV stable. Bien qu’elle puisse être envisagée pendant la préparation à la cardioversion, elle ne doit pas retarder la cardioversion chez une patiente hypotendue avec des signes de choc.
- Pourquoi B est incorrect : Les bêta-bloquants (métoprolol) peuvent abaisser davantage la pression artérielle et aggraver l’insuffisance cardiaque chez une patiente instable.
- Pourquoi D est incorrect : L’amiodarone est utilisée pour le contrôle du rythme, mais agit plus lentement et n’est pas le traitement immédiat de l’instabilité.
- Pourquoi E est incorrect : La cardioversion non synchronisée (défibrillation) est utilisée en cas d’arrêt cardiaque (FV ou TV sans pouls). L’utiliser sur une patiente ayant un pouls et un rythme organisé peut induire une FV (phénomène R sur T).
Références
- Société Canadienne de Cardiologie (SCC). (2020). Lignes directrices de la SCC sur la prise en charge de la fibrillation auriculaire. Consulté sur ccs.ca
- Conseil médical du Canada. (s.d.). Objectifs de l’Examen d’aptitude Partie I : Palpitations.
- Association Médicale Canadienne. (2019). Guide du conducteur de l’ACM : Détermination de l’aptitude médicale à conduire des véhicules à moteur. 9e édition.
- UpToDate. (2023). Evaluation of palpitations in adults.
- Toronto Notes. (2023). Cardiology: Approach to Arrhythmias.