Douleur thoracique : Un guide complet pour l’EACMC1
La maîtrise de l’approche face à une douleur thoracique non différenciée est une pierre angulaire de l’Examen d’aptitude du Conseil médical du Canada, partie I (EACMC1). Ce guide intègre le cadre CanMEDS, les lignes directrices de la Société canadienne de cardiologie (SCC) et des stratégies de raisonnement clinique à haut rendement.
Introduction
La douleur thoracique est l’une des présentations les plus fréquentes dans les services d’urgence canadiens et les milieux de soins primaires. Pour l’EACMC1, le candidat doit démontrer sa capacité à différencier rapidement les affections potentiellement mortelles (les diagnostics « tueurs ») des causes bénignes. Cela nécessite une approche structurée alignée sur le rôle d’Expert médical du cadre CanMEDS.
Contexte canadien : Au Canada, les maladies cardiovasculaires demeurent la deuxième cause de mortalité. Le triage et la prise en charge rapides des syndromes coronariens aigus (SCA) sont des indicateurs de performance critiques dans le système de santé canadien.
Objectifs de l’EACMC1
Lors de la préparation pour l’EACMC1, concentrez-vous sur les objectifs clés suivants concernant la douleur thoracique :
- Acquisition de données : Recueillir une histoire pertinente (début, qualité, irradiation, facteurs de risque) et effectuer un examen physique ciblé.
- Résolution de problèmes : Établir un diagnostic différentiel distinguant les causes cardiaques, pulmonaires, gastro-intestinales et musculo-squelettiques.
- Prise en charge : Initier une prise en charge immédiate pour les patients instables (ABC, équivalent de MONA-BASH) et les investigations appropriées pour les patients stables.
- Promotion de la santé : Identifier les facteurs de risque modifiables (tabagisme, hypertension, dyslipidémie) pertinents pour la population canadienne.
Diagnostic Différentiel : Les causes « Tueuses »
Pour la préparation à l’EACMC1, vous devez prioriser l’élimination des affections potentiellement mortelles. Nous les classons en utilisant la règle des 4+2+2 (Cardiaques, Pulmonaires, Vasculaires/Autres).
Cardiaques
1. Syndrome coronarien aigu (SCA)
Comprend l’IDM avec sus-décalage du segment ST (STEMI), l’IDM sans sus-décalage du segment ST (NSTEMI) et l’angor instable. Caractérisé par une pression rétrosternale, une irradiation à la mâchoire/au bras, une diaphorèse.
2. Péricardite / Tamponnade
Douleur pleurétique soulagée en se penchant en avant. Triade de Beck pour la tamponnade (Hypotension, turgescence jugulaire, bruits cardiaques sourds).
Approche Clinique
1. Histoire (Mnémonique OPQRST)
Une histoire approfondie est l’outil le plus puissant de l’arsenal de l’EACMC1.
# Mnémonique OPQRST
O - Onset (Début : Soudain vs Graduel)
P - Provocation/Palliation (Facteurs déclenchants/soulageants : effort, position, nitroglycérine)
Q - Quality (Qualité : Pression, déchirure, pleurétique, brûlure)
R - Région/Radiation (Région/Irradiation : Mâchoire, bras gauche, dos, épigastre)
S - Severity (Sévérité : Échelle de 1 à 10)
T - Timing (Temporalité : Durée, constante vs intermittente)2. Examen Physique
Concentrez-vous sur les signes d’instabilité hémodynamique et les découvertes spécifiques au diagnostic différentiel.
| Système | Constatations clés à rechercher | Suggère |
|---|---|---|
| Signes vitaux | Hypotension, Tachycardie, Hypoxie, Asymétrie de la TA | Choc, EP, Dissection |
| Cou | Turgescence jugulaire (TJ), Déviation trachéale | Tamponnade, Pneumothorax sous tension |
| Thorax | Bruits respiratoires unilatéralement abolis | Pneumothorax |
| Cœur | Nouveau souffle (Insuffisance aortique), Bruits sourds, Frottement péricardique | Dissection, Tamponnade, Péricardite |
| Extrémités | Œdème unilatéral de la jambe | Thrombose veineuse profonde menant à une EP |
| Peau | Diaphorèse, Pâleur | SCA, Choc |
3. Investigations Diagnostiques
Suivez cette approche par étapes pour les scénarios de raisonnement clinique de l’EACMC1 :
Étape 1 : L’ECG en 10 minutes
Chaque patient présentant une douleur thoracique non traumatique nécessite un ECG dans les 10 minutes suivant son arrivée (Lignes directrices de la Classification canadienne des niveaux de triage - CCUT). Recherchez un sus-décalage du segment ST, un sous-décalage du segment ST, des inversions de l’onde T ou une alternance électrique.
Étape 2 : Biomarqueurs cardiaques (Troponines)
La troponine à haute sensibilité (Tn-hs) est la norme au Canada. Des mesures sériées (0h et 1h/2h/3h selon l’analyseur) sont nécessaires pour exclure un NSTEMI.
Étape 3 : Radiographie du thorax (Rx Thorax)
Rx Thorax portable si instable. Recherchez un élargissement médiastinal (Dissection), un pneumothorax, un épanchement pleural ou une pneumonie.
Étape 4 : Scores de stratification du risque
Utilisez des scores validés pour guider la prise en charge :
- Score HEART : Pour le SCA (Histoire, ECG, Âge, Facteurs de risque, Troponine).
- Score de Wells : Pour l’Embolie Pulmonaire.
Lignes directrices canadiennes (SCC et Thrombose Canada)
Comprendre les lignes directrices spécifiques au Canada est essentiel pour obtenir de bons résultats à l’EACMC1.
Syndrome Coronarien Aigu (Lignes directrices de la SCC)
- Thérapie antiplaquettaire :
- AAS : 160–325 mg mâché immédiatement (stat). 81 mg par jour pour l’entretien.
- Inhibiteur P2Y12 : Ticagrélor ou Clopidogrel ajouté pour le SCA.
- Nitroglycérine : 0,4 mg en vaporisation sublinguale (SL) toutes les 5 minutes, jusqu’à 3 doses (éviter en cas d’infarctus du ventricule droit ou d’utilisation d’inhibiteurs de la PDE-5 comme le Sildénafil).
- Oxygène : Seulement si la SpO2 est < 90 % (l’oxygène de routine n’est plus recommandé).
Embolie Pulmonaire (Thrombose Canada)
- Probabilité pré-test faible : Utiliser la Règle PERC. Si négative, aucun test. Si positive, D-dimère.
- Probabilité pré-test élevée : Angioscanner pulmonaire (CTPA).
- Traitement : Les AOD (ex. Rivaroxaban, Apixaban) sont maintenant le traitement de première ligne plutôt que la Warfarine pour la plupart des EP stables au Canada.
💡 Astuce EACMC1 : Le « Filet de sécurité »
Dans les questions de prise de décision clinique (PDC) de l’EACMC1, ne jamais renvoyer un patient avec une « Douleur thoracique non diagnostiquée (DTND) » sans un plan de suivi clair ou un protocole d’exclusion (ex. troponines sériées négatives et score HEART faible).
Résumé de la prise en charge
Stabilisation initiale (Le « Filet de sécurité »)
Pour tout patient instable (Hypotendu, Hypoxique, État mental altéré) :
- IV : Deux voies veineuses de gros calibre.
- O2 : Oxygène supplémentaire si hypoxique.
- Surveillance : Moniteur cardiaque, TA, Saturation.
- ECG : 12 dérivations, stat.
- Défibrillateur : Électrodes en place si instable.
Tableau de prise en charge spécifique à la condition
| Condition | Prise en charge immédiate (Norme canadienne) | Prise en charge définitive |
|---|---|---|
| STEMI | AAS, Ticagrélor, Héparine, Nitro (si sécuritaire) | ICP (Objectif <90 min) ou Fibrinolyse (si ICP >120 min) |
| NSTEMI/Angor | AAS, Ticagrélor/Clopidogrel, Fondaparinux/Enoxaparine | Angiographie (Moment selon le risque) |
| Pneumothorax sous tension | Décompression à l’aiguille (2e/5e EIC) | Tube thoracique (Thoracostomie) |
| Dissection aortique | Bêta-bloquants IV (Labetalol/Esmolol) pour FC <60, TA systolique <120 | Type A : Chirurgie; Type B : Médicale/TEVAR |
| EP (Stable) | Anticoagulation (AOD ou HBPM) | Anticoagulation de 3 à 6 mois |
| EP (Instable) | Thrombolyse (tPA) | Thrombolyse systémique / Embolectomie |
Points clés à retenir pour l’EACMC1
- Femmes et diabétiques : Se présentent souvent avec des symptômes atypiques (nausées, fatigue, douleur à la mâchoire) plutôt qu’une douleur thoracique écrasante classique.
- Douleur thoracique due à la cocaïne : Les benzodiazépines sont le traitement de première ligne pour l’anxiété/tachycardie. Éviter les bêta-bloquants en phase aiguë (risque théorique de stimulation alpha non contrée).
- Costochondrite : La douleur reproductible est suggestive, mais n’exclut pas un SCA. Vous devez toujours stratifier le risque.
- Cocktail gastrique : Le soulagement avec un « cocktail GI » (lidocaïne/antiacide) n’exclut pas l’ischémie cardiaque.
Question d’exemple
Scénario : Un homme de 62 ans se présente au service des urgences avec une douleur thoracique soudaine et intense, décrite comme « déchirante », irradiant vers sa région interscapulaire. Il a des antécédents d’hypertension mal contrôlée et de tabagisme. À l’examen, il semble anxieux et diaphorétique. Sa pression artérielle est de 180/100 mmHg au bras droit et de 150/90 mmHg au bras gauche. La fréquence cardiaque est de 105 bpm. L’auscultation révèle un nouveau souffle diastolique décrescendo au bord sternal supérieur droit. L’ECG montre une tachycardie sinusale avec hypertrophie ventriculaire gauche, mais aucun changement de segment ST. Une radiographie du thorax portable montre un élargissement médiastinal.
Question : Laquelle des options suivantes représente la prochaine étape la plus appropriée dans la prise en charge diagnostique de ce patient ?
- A. Échocardiographie transthoracique (ETT)
- B. Mesure du D-dimère sérique
- C. Angioscanner thoracique
- D. Coronarographie
- E. Imagerie par résonance magnétique (IRM) thoracique
Explication
La bonne réponse est :
- C. Angioscanner thoracique
Explication détaillée :
La présentation clinique est fortement suggestive d’une Dissection aortique aiguë. Les caractéristiques clés comprennent :
- Démographie/Facteurs de risque : Homme plus âgé, hypertension mal contrôlée (facteur de risque le plus significatif), tabagisme.
- Symptômes : Début soudain, douleur « déchirante » irradiant vers le dos (interscapulaire).
- Signes : Différence significative de pression artérielle (>20 mmHg) entre les bras, nouveau souffle d’insuffisance aortique (diastolique décrescendo), et élargissement médiastinal à la Rx Thorax.
Pourquoi C est correct : L’Angioscanner (CTA) est le test diagnostique de référence pour la dissection aortique chez les patients stables en phase aiguë. Il est rapide, largement disponible dans les centres canadiens, et présente une sensibilité et une spécificité élevées.
Pourquoi les autres options sont incorrectes :
- A. Échocardiographie transthoracique (ETT) : Bien qu’utile, l’ETT a une faible sensibilité pour l’aorte descendante et une visualisation limitée de la crosse aortique. L’échocardiographie transœsophagienne (ETO) serait une alternative valide, surtout chez les patients instables, mais le CTA est préféré chez les patients stables.
- B. D-dimère : Bien qu’il soit souvent élevé en cas de dissection, il n’est pas spécifique. Un D-dimère négatif peut aider à exclure une dissection chez les patients à faible risque, mais ce patient est à haut risque et nécessite une imagerie.
- D. Coronarographie : Elle est indiquée pour le SCA. Bien que la dissection puisse impliquer les artères coronaires (provoquant un STEMI), le tableau clinique pointe principalement vers une dissection. Le cathétérisme pourrait retarder un traitement vital ou propager la dissection.
- E. IRM : Bien que très précise, l’IRM prend du temps et n’est souvent pas réalisable dans un contexte d’urgence où un diagnostic rapide est nécessaire. Elle est mieux adaptée au suivi chronique.
Références
- Conseil médical du Canada. (s.d.). Objectifs de l’Examen d’aptitude, Partie I. Récupéré de mcc.ca
- Société canadienne de cardiologie. (2024). Lignes directrices de la SCC sur la prise en charge des syndromes coronariens aigus.
- Thrombose Canada. (2023). Embolie pulmonaire : Diagnostic et prise en charge. Récupéré de thrombosiscanada.ca
- Toronto Notes. (2024). Cardiologie : Approche de la douleur thoracique. Toronto Notes for Medical Students, Inc.
- Association canadienne des médecins urgentologues (ACMU). Lignes directrices de la CCUT.